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Les associations, au cœur des dispositifs de développement
Parce que l'Etat est défaillant et l'administration
bancale, le “développement” devra compter sur son troisième
pilier, la société civile.
Après
l'échec de la gestion centralisée des processus de développement,
voici arrivé le temps-test du développement participatif. Il suffit
de voir les mutations stratégiques qui sont en train d'être opérées
par les partenaires institutionnels et la multiplication des projets qui prétendent
tous au renforcement de la société civile, pour se convaincre
qu'on est à la fin d'une époque. S'il ne faut pas parier sur une
reconversion idéologique rapide des “développeurs”,
on peut cependant concéder qu'on est au début d'un changement
de méthode, pour reprendre le jargon des institutions internationales.
Un tournant que l'on peut historiquement situer en 2000, année de la
signature de l'Accord de Cotonou qui oblige les pays ACP (Afrique-Carïbes-Pacifique)
à reconnaître les acteurs non étatiques en tant que partenaires
du développement (lire ci-contre). Il serait injuste de voir dans cette
"obligation" la seule bonne volonté des gouvernants et négliger
le résultat des actions et des plaidoyers du monde associatif dont les
expériences alternatives ont fait émerger des modes de développement
de loin plus efficaces et moins coûteux que ceux qui ont ruiné
les pays bénéficiaires.
Ce changement
de stratégie a trouvé aux Comores des conditions idéales
pour son initiation. Notons en premier lieu, le choix institutionnel de l'Etat
de déléguer une autonomie de gestion aux îles et au-delà,
aux collectivités locales. Une délocalisation des pouvoirs qui
devrait profiter aux communautés locales dont les capacités à
se mobiliser pour prendre en charge leur destinée hors des rouages de
l'Etat et de l'administration ne sont plus à prouver. Des atouts sur
lesquels se sont appuyés depuis des années le Fonds d'appui au
développement communautaire (FADC) soutenu par la Banque mondiale et
plus récemment, le Programme de développement local aux Comores
(PDLC) initié par la coopération française. En définitive,
on n'a rien inventé. Les partenaires du développement ont seulement
cessé d'imposer des méthodes qui ne marchent pas pour plus de
pragmatisme en prenant acte de ce qui fonctionne bien.
En 4 ans, le PDLC a réussi avec peu de moyens à lancer 71 sous-projets
répondant à des besoins réels et exprimés par leurs
bénéficiaires. Autant de réponses à l'échelle
des préoccupations de la population et qui ont permis de (re) dynamiser
les structures associatives pour qu'elles s'approprient le développement.
Et c'est sur ce dernier aspect que la nouvelle démarche est un pari sur
l'avenir. Une étude menée en 2001 par l'Union européenne
a conclu sur "le dévouement et la volonté des associations
pour le bien-être local". Encore fallait-il que ce dévouement
se traduise par la capacité à porter des projets cohérents
jusqu'au bout. Or le dynamisme des associations est handicapé par de
nombreuses lacunes. Lacunes techniques liées au manque de formation de
ses membres. Lacunes sociologiques dues à leur enferment dans le champ
social du village, qui les empêche de s'inscrire dans une démarche
citoyenne et d'intégrer des valeurs démocratiques "permettant
de libérer les volontés individuelles comme ça devrait
être le cas dans une période de transformation sociale et politique",
relève le PDLC dans son manuel qui établit un état des
lieux du tissu associatif comorien.
De grands
pas ont cependant été réalisés dans le sens de la
structuration et du renforcement des capacités des acteurs communautaires
par le FADC. Plusieurs comités de pilotages (plus d'une centaine sur
l'ensemble du pays) et de comités de gestions ont été créés
dans les villages. "Aujourd'hui, ces structures ont une maîtrise
de la gestion communautaire, des passations de marchés, du suivi financier
et de l’évaluation des projets" assure une responsable du
FADC. Ce travail de renforcement des capacités d'action des acteurs non
étatiques a été poursuivi par le PDLC à travers
la formation des formateurs issus de différentes associations insulaires
ou de fédérations des associations. L'Union européenne,
qui va lancer en 2006 un premier programme de Coopération décentralisée
d'un montant total de 10,250 millions d'euros, a mis elle aussi l'accent sur
la formation des organisations de la société civile. "Pour
éviter que cet appui aux acteurs non étatiques ne crée
des déséquilibres avec les acteurs décentralisés
des collectivités locales, nous avons prévu la formation des élus,
du personnel administratif des assemblées et des îles" souligne
Saïd Mhamadi, de la cellule d'appui à l'ordonnateur national du
Fonds européen de développement à Moroni.
La qualification des ressources humaines n'est pas l'unique axe de la nouvelle
approche du développement. La conception des projets fait aussi peau
neuve. Fini, la politique du coup par coup, sans vision globale. Les institutions
se bousculent pour être à l'heure des programmes de développement
local, les PDL. Le FADC a déjà à son actif une dizaine
de plans de développement local, qui servent de référence
pour l'identification des sous-projets sur une période de 4 ans (2006
à 2010.) Dans son programme de coopération décentralisée,
l'Union européenne a inscrit plus de deux millions d'euros pour "l'élaboration
des plans de développement locaux et l'appui aux micro-réalisations
de développement localisées". C'est dans ce nouveau contexte
que doit intervenir également l'année prochaine, le projet de
co-développement initié par la coopération française
et qui veut prendre attache sur les organisations de la diaspora.
Cette implication
soulève cependant d'autres défis. Ces acteurs pourront-ils constituer
une alternative "aux faiblesses des institutions étatiques pour
un bien être de la population" ? s'interroge le Pdlc. Pourront-elles
constituer l'ossature d'une société civile capable de créer
une démocratie participative, propager et développer une culture
démocratique "et faire émerger une nouvelle réflexion
sur la gestion des biens communs" ?
Certes, les acteurs associatifs vont être encadrés par des formations.
Mais sauront-ils pour autant éviter les effets pervers qui ont discrédité
les institutions publiques ? Une partie de la réponse appartient à
la capacité des partenaires, qui ne sont pas complètement irréprochables
et ont leur responsabilité dans l'échec des gestions centralisées
des processus de développement. Les associations comoriennes n’ont
pas le droit de râter l’opportunité en se donnant les moyens
d’assumer pleinement leur rôle d’acteurs et préparer
ainsi les hommes de demain.
Kamal'Eddine
Saindou
21-12-2005
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