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C'est à Ndzuani que la communauté musulmane des Dawoodi-Bohra a implanté sa première mosquée, premier jalon d'une expansion vers les autres îles.

Dernière modification le : Vendredi 30 Décembre 2005 à 12:20:37.

venus d’Inde il y a deux siècles, les Dawoodi-Bohra

Venus d’Inde il y a deux siècles, les Dawoodi-Bohra

C'est à Ndzuani que la communauté musulmane des Dawoodi-Bohra a implanté sa première mosquée, premier jalon d'une expansion vers les autres îles.

Coriace, l'idée selon laquelle tous les Indiens "finissent dans le commerce". S'il est indéniable que ce secteur est détenu en grande majorité et depuis des lustres par les Karanes, peut-on y voir une relation quelconque avec leur croyance religieuse? A.Fidaly est affirmatif et fournit deux explications à cette réalité. Une explication historique. Selon lui, leurs grands parents étaient des agriculteurs. Pourchassés et persécutés en raison de leur conviction religieuse, ils ont émigré de pays en pays. Dans leur errance, le commerce s'est imposé comme l'activité adaptée à cette existence nomade. "Nous sommes par la suite restés fidèles dans le commerce et perpétué ainsi le travail de nos parents." La deuxième explication est religieuse. "C'est un métier qui n'est pas en contradiction avec notre foi, à condition de ne pas vendre des produits illicites" explique Fidaly. Cet intérêt pour les affaires et le commerce a été également encouragé par les Daï-el-Mutlaqs (les chefs spirituels). Pour s'adapter au nouveau contexte mondial, le Daï "nous recommande de nous investir dans l'industrie" souligne Mr Fidaly.

C'est essentiellement depuis Madagascar, où ils se sont installés vers 1730, que les Bohra originaires du Nord de la province de Mumbaï (ex-Bombay), de Gujerat de Cutch et de Kathiawad, sont arrivés par boutres sur les rives de l'archipel au début du XIXe siècle. A Ndzuani d'abord, avant d'essaimer dans les autres îles. En témoigne la vieille mosquée construite au cœur de la medina de Mutsamudu, qui date probablement de cette époque. "C'est de là-bas (de Ndzuani, ndlr) que les gens sont venus à Ngazidja", confirme Mr Fidaly. L'on retrouve encore aujourd'hui les descendants de ces vieilles familles, qu'ils s'appellent Mamadaly ou Kaderbay. Des lignées de commerçants assez bien intégrées socialement tout en préservant leur différence religieuse. "Nous croyons qu'après le décès du prophète Muhammad, la succession est revenue à Sayidna Ali, son gendre." Voilà, résumée très succinctement par Amiraly Fidaly, la genèse du courant chiite dont les Bohra constituent l’une des nombreuses branches.
Sur le plan doctrinal, la communauté Dawoodi-Bohra s'inscrit dans la lignée des Imams fatimides, qui ont "régné en gloire en Egypte, ont fondé la ville du Caire, édifié le renommée centre El-Azhar, la plus ancienne institution islamique du monde". Pour échapper à la persécution, "le 20ème Imam a décidé de se soustraire aux yeux du public pour préserver les traditions fatimides". C'est le début de l'exode vers le Yémen, qui est devenu le nouveau centre spirituel des Bohra, avant que le Dawat (le siège) ne soit transféré en Inde où s'est installé le Docteur Syedna Mohammed Burhanuddin Saheb, 52ème Daï (le chef spirituel). Comme ses prédécesseurs, c'est lui qui désignera son successeur parmi sa descendance mâle.
A l'instar des autres branches chiites, les Bohra ont une organisation pyramidale dont le sommet est représenté par le Daï, à qui "la communauté doit une soumission totale" indique Mr Fidaly. Un représentant (cheik ou mollah) désigné par le siège dirige les communautés installées dans les différentes pays ou villes. En plus de sa mission de direction spirituelle, il doit encadrer la communauté et rendre compte de son évolution à sa hiérarchie. "Les membres de la communauté Bohra sont facilement reconnaissables par le petit chapeau blanc bordé d'une bande doré ou topi, pour les hommes et la Rida, ensemble voile et jupe colorés pour les femmes." Il faut y ajouter pour les hommes la barbe "obligatoire". Pour la pratique cultuelle, les similitudes sont grandes avec les sunnites. "On prie cinq fois par jour, on fait le Ramadan, on accorde la zakkat" souligne un fidèle. En dépit de ces fortes ressemblances, les Bohras ne se mélangent pas avec les sunnites dans les mosquées.
"Il ne reste plus que 6 à 7 familles à Ndzuani", dit Fidaly. Une désertion au profit de Maore, où l'on compte une forte communauté bien organisée et disposant d'une mosquée dans la zone de Kawéni.

Le lavoir de la mosquée Bohra, à Mutsamudu.

Ce qui n'est pas le cas de Ngazidja, où malgré une communauté de 200 personnes, les Bohra ne disposent que d'une Maison de prière sur les hauts de Moroni depuis plus de 30 ans. "On n'est pas encore autorisés à avoir une mosquée" note avec une certaine amertume M.Fidaly. La construction de ce lieu de culte étant soumise à des normes précises, elle doit être autorisée par le Daï en personne. Les fidèles restent discrets sur les raisons de cette réticence de leur chef spirituel.
Doit on voir dans cette hésitation, une réaction aux problèmes de structuration de la communauté de Ngazidja ? S'il est difficile d'apporter une réponse, on peut néanmoins noter que depuis le décès, il y a bien longtemps de Sefoudine Bomboat, son dernier mollah, celui-ci n'a pas été remplacé. La Dawat préfère "dépêcher un représentant pour assister la communauté dans des périodes de 2 à 3 ans". Ces "difficultés" qui réduisent la fréquentation de la Maison de prières aux mois de Ramadan et de Muharram, ne font pas moins des Bohra des fervents croyants et pratiquants. Mais comme les autres confessions minoritaires de l'archipel, ils sont discrets au point d'alimenter dans l'opinion l'idée d'une religion exclusivement indienne. Les Comoriens nomment la mosquée Bohra "mosquée indienne". Un cliché que brise Amiraly Fidaly en affirmant que "quiconque peut choisir de devenir Bohra". Encore faut-il qu'il obtienne l'autorisation du chef spirituel de la communauté et satisfasse à toutes les conditions exigées par cette croyance.

Kamal’Eddine Saindou
21-12-2005

 
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