venus d’Inde il y a deux siècles, les Dawoodi-Bohra
Venus d’Inde il y a deux siècles, les Dawoodi-Bohra
C'est à Ndzuani que la communauté musulmane
des Dawoodi-Bohra a implanté sa première mosquée,
premier jalon d'une expansion vers les autres îles.
Coriace,
l'idée selon laquelle tous les Indiens "finissent dans le
commerce". S'il est indéniable que ce secteur est détenu
en grande majorité et depuis des lustres par les Karanes, peut-on
y voir une relation quelconque avec leur croyance religieuse? A.Fidaly
est affirmatif et fournit deux explications à cette réalité.
Une explication historique. Selon lui, leurs grands parents étaient
des agriculteurs. Pourchassés et persécutés en raison
de leur conviction religieuse, ils ont émigré de pays en
pays. Dans leur errance, le commerce s'est imposé comme l'activité
adaptée à cette existence nomade. "Nous sommes par
la suite restés fidèles dans le commerce et perpétué
ainsi le travail de nos parents." La deuxième explication
est religieuse. "C'est un métier qui n'est pas en contradiction
avec notre foi, à condition de ne pas vendre des produits illicites"
explique Fidaly. Cet intérêt pour les affaires et le commerce
a été également encouragé par les Daï-el-Mutlaqs
(les chefs spirituels). Pour s'adapter au nouveau contexte mondial, le
Daï "nous recommande de nous investir dans l'industrie"
souligne Mr Fidaly. |
C'est
essentiellement depuis Madagascar, où ils se sont installés vers
1730, que les Bohra originaires du Nord de la province de Mumbaï (ex-Bombay),
de Gujerat de Cutch et de Kathiawad, sont arrivés par boutres sur les
rives de l'archipel au début du XIXe siècle. A Ndzuani d'abord,
avant d'essaimer dans les autres îles. En témoigne la vieille mosquée
construite au cœur de la medina de Mutsamudu, qui date probablement de
cette époque. "C'est de là-bas (de Ndzuani, ndlr) que les
gens sont venus à Ngazidja", confirme Mr Fidaly. L'on retrouve encore
aujourd'hui les descendants de ces vieilles familles, qu'ils s'appellent Mamadaly
ou Kaderbay. Des lignées de commerçants assez bien intégrées
socialement tout en préservant leur différence religieuse. "Nous
croyons qu'après le décès du prophète Muhammad,
la succession est revenue à Sayidna Ali, son gendre." Voilà,
résumée très succinctement par Amiraly Fidaly, la genèse
du courant chiite dont les Bohra constituent l’une des nombreuses branches.
Sur le plan doctrinal, la communauté Dawoodi-Bohra s'inscrit dans la
lignée des Imams fatimides, qui ont "régné en gloire
en Egypte, ont fondé la ville du Caire, édifié le renommée
centre El-Azhar, la plus ancienne institution islamique du monde". Pour
échapper à la persécution, "le 20ème Imam a
décidé de se soustraire aux yeux du public pour préserver
les traditions fatimides". C'est le début de l'exode vers le Yémen,
qui est devenu le nouveau centre spirituel des Bohra, avant que le Dawat (le
siège) ne soit transféré en Inde où s'est installé
le Docteur Syedna Mohammed Burhanuddin Saheb, 52ème Daï (le chef
spirituel). Comme ses prédécesseurs, c'est lui qui désignera
son successeur parmi sa descendance mâle.
A l'instar des autres branches chiites, les Bohra ont une organisation pyramidale
dont le sommet est représenté par le Daï, à qui "la
communauté doit une soumission totale" indique Mr Fidaly. Un représentant
(cheik ou mollah) désigné par le siège dirige les communautés
installées dans les différentes pays ou villes. En plus de sa
mission de direction spirituelle, il doit encadrer la communauté et rendre
compte de son évolution à sa hiérarchie. "Les membres
de la communauté Bohra sont facilement reconnaissables par le petit chapeau
blanc bordé d'une bande doré ou topi, pour les hommes et la Rida,
ensemble voile et jupe colorés pour les femmes." Il faut y ajouter
pour les hommes la barbe "obligatoire". Pour la pratique cultuelle,
les similitudes sont grandes avec les sunnites. "On prie cinq fois par
jour, on fait le Ramadan, on accorde la zakkat" souligne un fidèle.
En dépit de ces fortes ressemblances, les Bohras ne se mélangent
pas avec les sunnites dans les mosquées.
"Il ne reste plus que 6 à 7 familles à Ndzuani", dit
Fidaly. Une désertion au profit de Maore, où l'on compte une forte
communauté bien organisée et disposant d'une mosquée dans
la zone de Kawéni.
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Le lavoir de la mosquée Bohra,
à Mutsamudu. |
Ce qui n'est
pas le cas de Ngazidja, où malgré une communauté de 200
personnes, les Bohra ne disposent que d'une Maison de prière sur les
hauts de Moroni depuis plus de 30 ans. "On n'est pas encore autorisés
à avoir une mosquée" note avec une certaine amertume M.Fidaly.
La construction de ce lieu de culte étant soumise à des normes
précises, elle doit être autorisée par le Daï en personne.
Les fidèles restent discrets sur les raisons de cette réticence
de leur chef spirituel.
Doit on voir dans cette hésitation, une réaction aux problèmes
de structuration de la communauté de Ngazidja ? S'il est difficile d'apporter
une réponse, on peut néanmoins noter que depuis le décès,
il y a bien longtemps de Sefoudine Bomboat, son dernier mollah, celui-ci n'a
pas été remplacé. La Dawat préfère "dépêcher
un représentant pour assister la communauté dans des périodes
de 2 à 3 ans". Ces "difficultés" qui réduisent
la fréquentation de la Maison de prières aux mois de Ramadan et
de Muharram, ne font pas moins des Bohra des fervents croyants et pratiquants.
Mais comme les autres confessions minoritaires de l'archipel, ils sont discrets
au point d'alimenter dans l'opinion l'idée d'une religion exclusivement
indienne. Les Comoriens nomment la mosquée Bohra "mosquée
indienne". Un cliché que brise Amiraly Fidaly en affirmant que "quiconque
peut choisir de devenir Bohra". Encore faut-il qu'il obtienne l'autorisation
du chef spirituel de la communauté et satisfasse à toutes les
conditions exigées par cette croyance.
Kamal’Eddine
Saindou
21-12-2005
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