Les églises chrétiennes aux Comores
Sœur Colette, l’infatigable
Plus de 40 ans après son arrivée aux Comores,
la fondatrice de la mission catholique de Moroni continue de soigner les
brûlés.
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Aminata et ses bijoux qui scintillent, Colette et son gros
crucifix.
A chacune sa prière. |
Sœur
Colette a débarqué aux Comores après un long voyage en
mer. Quatre semaines. Ou peut-être plus, elle ne se souvient pas bien
: c'était il y a 40 ans au moins. "On était trois sœurs,
toutes jeunettes, 20 ou 25 ans", se souvient-elle. "On était
venues avec beaucoup de malles, pleines de choses pour enseigner." Colette,
la nîmoise, et ses deux congénères étaient les premières
missionnaires de l'ordre catholique français de Saint Thomas de Villeneuve,
qui a pour vocation l'enseignement et le soin aux malades. "Il n'y avait
jamais eu de mission à Saint Thomas. Mais moi, c'était ce que
je voulais faire. J'ai beaucoup insisté", raconte la sœur.
Après l'Indépendance, elle sera la seule à rester. "Tous
les m'zungu sont partis. Mais j'étais venue pour me donner aux Comoriens,
pas pour les lâcher au moment où ils se retrouvaient seuls !"
Incapable de s'adapter aux méthodes d'enseignement adoptées par
Ali Soilihi -"je ne connaissais pas bien la langue comorienne"- la
sœur laisse alors l'éducation de côté et ouvre une
petite unité de soins médicaux. Sans formation sanitaire, elle
apprend dans les livres et auprès des quelques médecins restés
dans le cadre de la coopération. Peu à peu, de service en service,
la mission s'est agrandie. L'une de ses grandes réalisations reste le
service de soin aux brûlés. "Au début, on a regardé
dans les livres pour faire les pansements. On s'est jetés comme ça
! J'étais barjo", s'esclaffe la vieille dame. "Pour avoir fait
ce que j'ai fait, je me dis que je dois être folle !"
Sœur Colette a continué à diriger la mission jusqu'en 2003,
date à laquelle elle est tombée malade et a été
évacuée des Comores. Elle s'est réveillée immobilisée,
couverte de bleus et quatre vertèbres déplacées, dans le
couvent où elle était entrée jeune fille, sans se souvenir
d'avoir été hospitalisée à l'hôpital El-Maarouf,
puis à Mamoudzou, et enfin transportée en avion. La missionnaire
ignore ce qui lui est arrivé exactement. Mais après une année
de repos, elle a tenu, à 75 ans, à rentrer dans sa petite maison,
en lisière de la mission catholique de Moroni, pour continuer son travail.
Entre temps, la direction de l'établissement a été reprise
par d'autres religieux. Sœur Colette se contente de continuer à
prodiguer bénévolement ses soins aux brûlés, le dos
voûté, ignorant désormais tout de la conduite des services
auxquels elle a consacré sa vie. "Ce que je regrette, c'est que
ce n'est plus vraiment une grande famille comme autrefois", risque-t-elle.
La famille de Colette, aujourd'hui, c'est avant tout Amina Ali Sidi et ses sept
enfants. Aminata, comme on l'appelle dans le quartier, a travaillé pendant
15 ans dans le service de puériculture des "sœurs de brousse"
avant de devenir monitrice à l'école ménagère de
la mission catholique. Quand sœur Colette est rentrée de France,
Aminata a décidé de ne plus la lâcher. "Elle ne peut
plus rester toute seule dans cette maison", explique-t-elle. Alors, cette
mère de famille comorienne est devenue l'ange gardien de la bonne sœur.
La journée, ses enfants, dont les plus jeunes ont 7 ans, font leurs devoirs
et reçoivent leurs copains chez Colette pendant que leur mère
cuisine, fait le ménage et la conversation, s'occupe de l'enfant qu'elle
garde pour gagner quelques sous. Le soir, elle raccompagne sa progéniture
chez elle, à quelques pas de la mission, et met tout le monde au lit
avant de rentrer dormir chez Colette.
Dans le livre de prières de la sœur, cachée dans les pages
qu'elle ouvre chaque jour, une photo de la petite fille d'Aminata. "Je
la vois quand je prie", dit-elle simplement. Entre les prières au
jardin de Colette et celles, sur un tapis dans un coin de la maison, d'Aminata
la musulmane, les deux femmes se charrient à coups de boutades et de
grands rires. Colette n'a rien perdu de son accent nîmois et, entre les
"peuchère" et les "shonga" dont elle ponctue ses
phrases, elle aime jouer de grimaces et prendre des airs de conspiratrice pour
mimer une conversation du passé.
Leur complicité est à l'image de l'attitude de la sœur envers
l'Islam. "Je n'ai jamais essayé d'attirer quelqu'un vers ma religion",
explique-t-elle. "J'ai toujours respecté les musulmans et c'est
pour cela que j'ai trouvé ma place ici." Et Aminata, en bonne gardienne
de la mémoire surchargée de sa vieille amie, de renchérir
: "On a construit une mosquée dans la mission pour les malades.
Des maoulida avec le personnel et les moufti ont été organisés
ici."
Mais pour toute une génération, la sœur Colette reste avant
tout la jeune institutrice qui leur racontait des histoires. "Si vous voyiez
tous ceux qui viennent me faire la bise quand je vais au magasin !" se
vante la religieuse. "J'ai même enseigné Azali !”
Sous
la colonisation, les sœurs dispensaient le catéchisme aux
enfants “m'zungu” en dehors des heures de classe. “Mais
il y avait des petits comoriens qui suivaient”, se souvient sœur
Colette. “Il y en avait même qui venaient à l'Eglise.”
Cependant les conversions étaient rares et discrètes. “S'il
y en avait, on préférait les faire partir”, raconte
la religieuse. “On se débrouillait pour qu'ils poursuivent
leurs études ailleurs. Pour eux, ils valait mieux vivre leur religion
ailleurs qu'ici.” Pourquoi ? “Si un jeune choisit une autre
religion, il va y avoir une réunion au village, les moufti vont
venir, les gens ne vont pas l'accepter”, affirme Amina Ali Sidi.
"Les Comoriens qui changent de religion se cachent. Moi-même,
les gens me demandent : “Tu peux prier chez la sœur ?”
Mais ce n'est pas parce qu'on entre dans une église qu'on devient
catholique. La religion islamique n'est pas compliquée. Ce sont
les gens qui la compliquent !” |
Dans
son petit salon, l'énorme reproduction d'un chèque de 1.551.000
fc (3.000 euros environ) est accroché. La recette d'un concert,
organisé à l'instigation du musicien Maalesh, au profit
du service des brûlés. Une preuve, aussi, du respect accordé
à Moroni à cette religieuse qui n'a pas converti grand monde
(lire ci-contre). Ignorante des détails de la hiérarchie
et du système catholique, la sœur Colette garde les yeux rivés
sur la petite mission qui résume toute sa vie. Le changement de
statut de l'établissement -il s'appelle Caritas maintenant- lui
est étranger. Ses relations avec son ordre sont plutôt lointaines
-"ils n'ont pas répondu à ma dernière lettre.
Je me demande si je ne leur ai pas désobéi, en revenant
ici", avoue-t-elle d'un ton égal. Elle ne le dit pas, mais
on sent que la chose n'a que peu d'importance. Sœur Colette n'obéit
qu'à elle-même... enfin, à Dieu, corrigerait-elle. |
Lisa Giachino
"Kashkazi"
21-12-2005
Eglise évangélique : l’auberge protestante
Tous les courants protestants ont leur banc dans la
salle de culte du pasteur Willy, sur les hauts de Moroni.
La route
qui relie la zone sud de la capitale à sa partie ouest est incorrectement
nommée "route de la mission catholique". On pourrait la (re)baptiser
“le chemin de la foi”. Celui-ci prendrait son élan au rond
point de l'église catholique, croiserait plusieurs mosquées avant
de rencontrer (le temple) chiite, et passerait enfin devant l'église
évangélique. Une petite maison entièrement construite en
tôle qui ne se démarque des habitations du quartier du château
d'eau que par sa couleur ocre. Aucun signe extérieur ne prévient
qu'il s'agit d'un lieu de culte. Les portes closes toute la semaine s'ouvrent
seulement le dimanche aux fidèles. C'est le plus petit lieu de culte
de l'île par la taille du bâtiment, mais le plus tolérante
puisqu'il accueille les différents mouvements protestants : protestants
réformés, luthériens, pentecôtistes...
Tous "les non catholiques dans la chrétienté se retrouvent
ici" explique le pasteur, Zakanirina Wilfried. Le pasteur "Willy"
pour les fidèles, ou encore "l'homme en moto", comme le décrivait
dimanche un fidèle à qui je demandais de me le présenter.
L'homme est simple, à l'image de sa salle de culte, une pièce
rectangulaire qui se termine à l'une de ses extrémités
par une petite estrade, sur laquelle une table fait office de tribune. Un bouquet
de fleurs trône sur un coin du meuble. Il n'y a ni l'effigie du christ,
ni aucun autre motif sur les murs nus. Une sobriété qui met en
évidence une affichette de couleur jaune sur laquelle est écrit
en noir : "Confiez vous à l'Eternel, il est le rocher de toute éternité."
Otez cela et vous pouvez vous retrouver dans la salle de classe d'une quelconque
école primaire villageoise. De part et d'autre d'un couloir qui court
depuis la porte d'entrée, des rangées de bancs font face à
l'estrade à gauche de laquelle, deux fidèles s'impatientent devant
le synthétiseur qui accompagne les chants des fidèles et les cris
des enfants tout le long du culte. Pendant une heure et demie, la cinquantaine
de fidèles, essentiellement originaires de Madagascar, vont chanter,
prier et évoquer tout simplement leur vie en reconnaissance de Dieu et
de son "Envoyé". Parmi eux, beaucoup d'adolescents et de très
jeunes enfants.
"Pala était malade, il y a 3 jours, mais maintenant il est guéri"
remercie une dame. Un des officiants demande à l'assistance de prier
pour un couple de fidèles "parti à Anjouan en attente d'un
bateau pour passer Noël à Madagascar". "Que l'amour de
Dieu qui est en nous, soit connu par nos prochains" prie un autre, dans
la conviction de la Réforme, où "Dieu est un Dieu de Liberté
et d'Amour". Quelques notes de musique signent un entracte, suit une seconde
prière, puis un chant…etc. Le Pasteur intervient vers la fin du
culte pour faire son prêche.
Contrairement
à la Mission catholique rattachée à une organisation verticale
dominée par le Vatican, les protestants de Moroni ne répondent
à aucune hiérarchie. C'est ainsi depuis 1931, période où
l'on situe la présence des premiers protestants, selon le pasteur qui
cite des documents historiques. Ces pionniers de l’évangélisme
"se retrouvaient entre eux pour pratiquer leur foi", pense Zakanirina
Wilfried, puisqu'il a fallu attendre 1968 pour que surgisse de terre l'actuel
temple. Sans doute en raison de ce long passé de pratique religieuse
en privé, les protestants se retrouvent en semaine chez les uns et les
autres pour "entendre parler de la parole de Dieu, échanger et s'entraider",
réservant le culte collectif au dimanche. On recense une petite centaine
de fidèles qui, respectant la philosophie protestante favorable à
la pluralité, se réunissent au-delà de leurs sensibilités
différentes. Une particularité qui a poussé à l'adoption
de l'appellation "d'église évangéliste de Moroni".
La quasi totalité des croyants qui fréquentent la paroisse sont
d'origine malgache, ce qui fait dire aux Comoriens que "c'est la paroisse
des Malgaches". A tort, puisque "il y a eu un moment où il
y avait beaucoup de ressortissants d'Afrique", précise le pasteur
qui a maintenu le culte en français pour tenir compte de ce mouvement
des fidèles.
Pendant ces années de pratique aux Comores, "nous n'avons pas rencontré
de problème entre communautés religieuses et la pratique de la
foi se fait en toute liberté, sans aucun obstacle administratif"
se félicite Wilfried. Mais pour lui, les différences entre les
Evangélistes et les Musulmans sont trop importantes pour qu'on mette
en place un dialogue religieux au niveau doctrinal. "On peut en revanche
parler de dialogue et de relations sur les plans humanitaire et d'entraide."
Si la cohabitation entre les confessions est donc une réalité,
"c'est peut-être parce qu'on est considérés comme étrangers".
Notons qu'officiellement, aucun Comorien n’est converti au protestantisme.
Signe que la tolérance ne traduit pas nécessairement une acceptation
des autres "chemins vers Dieu".
Kamal'Eddine Saindou
"Kashkazi"
21-12-2005
Adventistes de tous les pays...
Avec une vingtaine de membres, l'Eglise adventiste
de Maore ressemble plus à un groupuscule qu'à une communauté
religieuse. Claude Bosdedore, le pasteur, préfère parler de "famille".
D'ailleurs, c'est chez lui que les fidèles se retrouvent, le samedi,
le mercredi et le vendredi. "Le rez-de-chaussée fait office d'église,
le 1er étage est notre maison, à moi et ma femme", précise-t-il.
Présente dans 220 pays, l'Eglise adventiste n'en est qu'à ses
balbutiements à Maore,. "Elle n'a que 15 ans", indique le pasteur.
Tout a débuté avec une famille de Malgaches "qui sont venus
ici pour trouver du travail". Ces Malgaches ont, selon les termes de Claude
Bosdedore, "gagné" un Mahorais. "Il est resté plusieurs
années, mais il subissait des pressions de sa famille. Il ne vient plus
maintenant. Nous savons qu'il continue à partager la foi, mais en secret."
Peu après, c'est un Anjouanais qui a rejoint la communauté, "mais
il est reparti depuis. Ce doit être le seul adventiste des Comores. Je
ne sais pas comment il vit sa foi là-bas".
L'Eglise, très présente dans la région -ils sont 90.000
fidèles à Madagascar, 4.000 à Maurice, 1.800 à la
Réunion- ne prend de l'ampleur qu'en 2003, avec l'arrivée des
Africains de l'est. "Cela a commencé par un Rwandais qui faisait
partie de l'Eglise adventiste chez lui. Il a mis l4 mois pour nous trouver.
Quand il nous a rencontrés, il était très heureux, il avait
trouvé une famille, car nous sommes tous des frères et des sœurs.
Puis il y en a eu plusieurs après", s'émerveille le pasteur.
"L'Eglise a doublé grâce à eux. Ils nous ont amené
leur foi", dit-il, “Il a fallu acheter des chaises, c'est bon signe".
Dernièrement, ils ont été rejoints par une Camerounaise,
un Mohélien et trois Anjouanais. "Le Mohélien est arrivé
de lui-même. Il n'avait jamais rencontré de missionnaire, jamais
lu la Bible. Il nous a dit qu'il voulait être chrétien. C'est une
conversion spontanée ! Je n'ai jamais vu ça. Je crois que c'est
la télévision qui a éveillé son intérêt
pour le christianisme. Nous espérons le baptiser en 2006. Après,
il veut repartir à Mohéli pour partager avec d'autres ce qu'il
a trouvé. Ils sont une dizaine à l'attendre.”
RC
"Kashkazi"
21-12-2005
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