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Dernière modification le : Lundi 25 Septembre 2006 à 06:53:31.

Kalaweni, musée vivant - le port aux boutres

LES DOSSIERS


le journal des quatre iles de la lune

Kalaweni, musée vivant

Image de carte postale idéale pour les touristes, le port aux boutres de Moroni est
surtout un lieu de vie et d’histoire. La preuve avec ses habitués...

En comorien, "Djahazi" (boutre en français) signifie "plein de travail". L'entretien des boutres est en effet un chantier interminable.

Un musée naturel en plein cœur de Moroni. Lieu fascinant à la fois figé et vivant où le temps semble arrêté tout en continuant de voguer à travers les âges. Le lieu renvoie à l'histoire de ces îles de la lune et à ces océans que les géants boutres en bois ont affrontés depuis des siècles, avant de prendre leur retraite sur ce bassin qui dessine la façade ouest des quartiers de Badjanani et de Mtsangani. Il n'y a pas que les boutres qui sont amarrés à cette baie. Des hommes aussi y ont élu domicile. Un groupe de septuagénaires assis à l'ombre du baobab discute lentement en admirant ces boutres que l'on répare sans arrêt. Ce sont les habitués du Kalawéni. Des anciens marins pour la plupart ou des riverains qui reviennent sur le lieu de leurs faits comme une quête perpétuelle de souvenirs lointains.

Msa Ibouroi est de la lignée des hommes de la mer tels Ouled, Ibourahima Msa, Adamou wa Ibouroi, Djaé…etc. "J'ai toujours vécu dans ces lieux. Je suis arrivé à la mer à l'époque de la société maritime de Mshé (déformation de monsieur, ndlr) Bredy", un de ces partons de la Société Comores Bambao, la plus importante société coloniale implantée dans l'archipel. A 76 ans, Msa Ibouroi n'a pas oublié son premier voyage à Majunga à bord d'un boutre. "A 14 ans, je suis devenu cuisinier sur le "Souri", un boutre qui appartenait à la famille Saïd Ousseine, une famille princière dont la demeure surplombe le kalawé". La traversée a duré 16 jours, se rappelle le vieil homme. Ibrahim Abdoulkarim dont le père était propriétaire d'un boutre, a lui aussi fait le parcours. "On voyageait assis sur les planches à l'intérieur d'une petite case en feuilles de cocotier que les matelots démontaient à l'arrivée".

Le port aux boutres n'avait pas l'aspect qu'il a aujourd'hui. "La mer arrivait à la limite de la mosquée. La route n'existait pas encore. Les piétons passaient derrière la mosquée du vendredi et remontaient par la mosquée de Mtsangani" décrit Msa Ibrahim. Ils partaient avec du coprah, du savon, du cacao, du café, des planches et revenaient avec des tissus, du riz, des dattes et des poissons séchés. Les marchandises étaient débarquées à dos d'hommes ou tirées à l'aide des chaînes comme les quelques voitures appartenant à la société. Le port aux boutres était aussi le cœur économique de l'île. Le seul point de liaison avec l'extérieur.

Kamal'Eddine Saindou
 
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