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En comorien, "Djahazi"
(boutre en français) signifie "plein de travail".
L'entretien des boutres est en effet un chantier interminable. |
Un musée
naturel en plein cœur de Moroni. Lieu fascinant à la fois
figé et vivant où le temps semble arrêté tout
en continuant de voguer à travers les âges. Le lieu renvoie
à l'histoire de ces îles de la lune et à ces océans
que les géants boutres en bois ont affrontés depuis des
siècles, avant de prendre leur retraite sur ce bassin qui dessine
la façade ouest des quartiers de Badjanani et de Mtsangani. Il
n'y a pas que les boutres qui sont amarrés à cette baie.
Des hommes aussi y ont élu domicile. Un groupe de septuagénaires
assis à l'ombre du baobab discute lentement en admirant ces boutres
que l'on répare sans arrêt. Ce sont les habitués du
Kalawéni. Des anciens marins pour la plupart ou des riverains qui
reviennent sur le lieu de leurs faits comme une quête perpétuelle
de souvenirs lointains.
Msa Ibouroi est de la lignée des hommes de la mer tels Ouled,
Ibourahima Msa, Adamou wa Ibouroi, Djaé…etc. "J'ai toujours
vécu dans ces lieux. Je suis arrivé à la mer à
l'époque de la société maritime de Mshé (déformation
de monsieur, ndlr) Bredy", un de ces partons de la Société
Comores Bambao, la plus importante société coloniale implantée
dans l'archipel. A 76 ans, Msa Ibouroi n'a pas oublié son premier
voyage à Majunga à bord d'un boutre. "A 14 ans, je
suis devenu cuisinier sur le "Souri", un boutre qui appartenait
à la famille Saïd Ousseine, une famille princière dont
la demeure surplombe le kalawé". La traversée a duré
16 jours, se rappelle le vieil homme. Ibrahim Abdoulkarim dont le père
était propriétaire d'un boutre, a lui aussi fait le parcours.
"On voyageait assis sur les planches à l'intérieur
d'une petite case en feuilles de cocotier que les matelots démontaient
à l'arrivée".
Le port aux boutres n'avait pas l'aspect qu'il a aujourd'hui. "La
mer arrivait à la limite de la mosquée. La route n'existait
pas encore. Les piétons passaient derrière la mosquée
du vendredi et remontaient par la mosquée de Mtsangani" décrit
Msa Ibrahim. Ils partaient avec du coprah, du savon, du cacao, du café,
des planches et revenaient avec des tissus, du riz, des dattes et des
poissons séchés. Les marchandises étaient débarquées
à dos d'hommes ou tirées à l'aide des chaînes
comme les quelques voitures appartenant à la société.
Le port aux boutres était aussi le cœur économique
de l'île. Le seul point de liaison avec l'extérieur.
Kamal'Eddine Saindou |