Fomboni, la capitale de mohéli s'étale sur plus deux kilomètres le long l'unique route qui fait le tour de l'ile. Alors que l'ensemble ne compte guère plus de trente mille habitants : c'est dire si'on respire dans cette capitale le béton n'a pas encore trop envahi ce gros village composé essentiellement bangas en terre ou feuilles coco tressées. les toits sont recouverts raphia, comme toutes comores et à madagascar. visite guidée.
Dernière modification le : Jeudi 27 Décembre 2007 à 20:44:11.
Fomboni : micro capitale d'un micro monde
Fomboni : micro-capitale d'un micro-monde
Fomboni,
la " capitale " de Mohéli s'étale sur plus
de deux kilomètres le long de "la" route. Deux kilomètres
alors que l'ensemble de l'île ne compte guère plus de trente
mille habitants : c'est dire si l'on respire dans cette " capitale ".
Le béton n'a pas encore trop envahi ce gros village composé
essentiellement de bangas en terre ou en feuilles de coco tressées.
Les toits sont recouverts de raphia, comme dans toutes les Comores et à
Madagascar. Visite guidée.
Le Marché
Quand on veut faire connaissance avec un village, une ville, un seul endroit : le marché. C'est le lieu de tous les échanges, le début de toute vie collective. Fomboni n'échappe pas à la règle. Un vaste espace, en bordure de mer... à proximité : une plantation de cocotiers... d'immenses manguiers... Carte postale? Pas du tout! Il y a en plus quelque chose qui n'apparaît pas sur une carte postale : la vie. Une vie calme, sereine, mais active. Le marché couvert, construit récemment, est abrité par un bâtiment carré, très haut dont la toiture est évidée au centre. De grandes arcades rappellent l'architecture de la Grande Mosquée de Moroni. Une pente douce permet aux eaux de pluie d'être récupérées dans un bassin recouvert de petits carreaux de céramique bleue claire. Il est vide. La saison des pluies n'a pas encore vraiment commencée en ce mois de novembre...
Un groupe de bouénis est installé sous l'immense manguier. Elles sont assises devant leur étal : quelques mains de bananes, quelques piments, quelques morceaux de coco séchés... Au final, l'équivalent de quelques francs pour toute une journée de présence. J'ai bien dit de présence : elles ne donnent vraiment pas l'impression de " travailler " comme nous l'entendons. On discute, on rit, on s'engueule... jamais bien longtemps, mais intensément. Chaque discussion devient vite interminable : on ne règle pas les problèmes en trois mots, il faut que chacun ait le temps de faire valoir ses arguments.
Ballet des taxis brousse, chargeant et déchargeant régimes de bananes et passagers. Aucune paroi pour arrêter et renvoyer les bruits qui s'évaporent, respectant le calme de l'endroit.
Quand on veut quitter Fomboni pour la brousse, c'est un endroit stratégique : tous les taxis passent par ici. La patience fait aussi partie de la stratégie. Patience pour trouver un véhicule, mais patience également pour discuter les prix : ils peuvent être multipliés par dix pour la même course!
Le "port"
A défaut d'un autre mot, on utilisera
"port", mais en fait, il n'existe aucune infrastructure à Fomboni
: ni digue pour arrêter les vagues, ni même un phare. Si l'on excepte
un quai qui s'avance en pleine mer et qui devient inutilisable dès que
la mer s'agite un peu. D'ailleurs, les boutres qui accostent à Mohéli
ont fini par renoncer à l'utiliser : ils préfèrent mouiller
à proximité de la plage pour effectuer leurs chargements, comme
avant...
Pour la petite histoire, ce quai avait été prévu à Bandar Salama, un village jouxtant Fomboni. Mais le "terrain", comme on l'appelle ici, s'y trouve déjà et les autorités ont refusé que ce petit village disposent de tant d'avantages. Le "terrain", c'est le terrain d'aterrissage : on se refuse à parler d'aéroport... Et c'est ainsi qu'une des rares infrastructure de Mohéli est quasiment inutilisable. Ce quai a été construit par la Colas, entreprise française de BTP. Elle a construit plusieurs de ces quais à Mayotte, et donc possède la technique, sauf qu'à Mayotte, le lagon protège des vagues du large...
Le village
Fomboni s'est "développée"
le long de l'unique route qui longe la côte. A l'est, le port et à
l'ouest "LA" station service de l'île et un hôtel, le
"Relais". Entre les deux, trois bons kilomètres au cours desquels
on croise les services proposés dans l'île : quelques administrations,
deux banques, le bureau de poste, le "Centre Hospitalier Régional
de Fomboni", le Centre de Ressources et ... les O.N.G.
Dès
que l'on s'écarte de cette colonne vertébrale, on retrouve un
village identique aux autres : cases de raphia, bangas en terre... très
peu de béton. Le tout parsemé çà et là de
quelques échoppes proposant toutes les mêmes produits de base.
Ce qui frappe le plus, surtout quand
on arrive de Mayotte, c'est le côté "coquet" des cases.
Ici, un petit carré entouré d'une minuscule barrière de
bambou abrite quelques fleurs... là, une haie de lauriers roses
protége l'habitation en lui apportant ombre et fraîcheur... Les
ruelles sont propres, pas de canettes de Coca-cola ou de bière, pas un
sac plastique... Il faut dire qu'on ne trouve ni canettes de Coca-cola, ni bière,
ni sacs plastiques dans les boutiques... C'est en parcourant des endroits comme
Mohéli qu'on s'interroge sur les "bienfaits de la civilisation"...
vaste débat! Mais surtout, surtout, on se dit qu'il faut absolument ne
pas laisser se reproduire les erreurs grossières commises sur l'île
voisine où il n'est plus question de mettre le pied dans une rivière,
où les ruelles ressemblent plus à un dépôt d'ordures
qu'à tout autre chose! On s'interroge toutjours sur ce que peuvent penser
les touristes, qu'on tente d'attirer à Mayotte à grand frais,
quand ils parcourent les rues de Mamoudzou et qu'ils découvrent l'ampleur
de la pollution domestique.
Des indices
sont là pour nous inquiéter sur le devenir de Fomboni : les détritus
arrivent sur la plage et là non plus, aucune structure pour gérer
les déchets qui ne manqueront pas d'affluer. Nul doute que l'arrivée
de visiteurs (de plus en plus nombreux), le retour de Mohéliens partis
en France ou même à Moroni vont amener de nouvelles habitudes de
consommation, une nouvelle manière de vivre. Pour l'instant, Mohéli
vit encore au dix-neuvième siècle, mais ce n'est plus qu'une question
de quelques années. Si les villages de brousse et les quelques animateurs
qui "gèrent les affaires" sont sensibles à l'environnement,
il n'est pas certain qu'il en soit de même à Fomboni qui souffre
déjà du syndrome de la capitale.
Dès que la nuit tombe sur Mohéli, la vie semble s'arrêter. L'absence d'éclairage public fait rentrer les gens chez eux, autour d'une lampe, à pétrole le plus souvent. L'électricité, c'est pour les riches. Les jeux des enfants cessent, le silence tombe, le calme s'installe, encore plus présent que dans la journée.
Une vie paisible, mais pleine d'envies de rejoindre le "grand concert des nations"...
Anecdote
SEANCE DE "CINEMA"
Samedi soir à Fomboni...
Les occupations ne sont pas légion. Alors, on se "fait un
resto", comme il n'y en a qu'un à Fomboni, le choix est
vite fait, on va chez "Akmal". Sur le chemin du retour, un
attroupement devant un banga. Sur la façade, un caisson protégé par une vitre annonce le programme : un film indien. Pourquoi pas?
- C'est combien l'entrée?
- Cinquante francs (environ 65 centimes)
Ce qui représente un risque financier acceptable. On paye, on
entre (en baissant la tête..)
Une trentaine de personnes assises sur des planches à peine surélevées
du sol de quelques centimètres dans un joyeux babillage évoquant
une salle de classe. Devant les "spectateurs", une télé,
un magnétoscope qui ont au moins connu la guerre du Golfe. Entre
les parasites, on devine une image tremblotante. Les bandes annonces
se succèdent, entrecoupées de quelque pub pour une bijouterie...
indienne.
Le film commence, les discussions se poursuivent. Les parasites s'atténuent,
ou alors, on s'est habitués. Après avoir tenté vainement de comprendre quelque chose pendant une demi-heure, on finit
par abdiquer.
- On s'en va?
- On s'en va!
La nuit noire nous avale. L'agitation se poursuit autour du banga. A
part quelques rares commerçants indiens, personne ne parle la
langue. On est donc en droit de penser que personne ne comprend rien
aux drames qui se déroulent sur l'écran... Mais, ça
bouge, et c'est une nouvelle occasion de se réunir. N'est-ce
pas là le plus important?