L'île de Mohéli est située entre la Grande Comore et Anjouan. Moroni, la capitale des Comores, semble considérer cette «petite sour» comme quantité négligeable. Le développement y est embryonnaire et ses habitants n'ont qu'un seul allié : eux-mêmes. Sans vouloir paraître cynique, ne serait-ce pas là, LA chance de pouvoir imaginer un autre mode de développement, plus respectueux des hommes et de leur environnement?
Dernière modification le : Jeudi 27 Décembre 2007 à 20:44:45.
OUALLAH II : laboratoire vers un nouveau monde?
OUALLAH II : laboratoire vers un nouveau monde?
L'île de Mohéli est située entre la
Grande Comore et Anjouan. Moroni, la capitale des Comores, semble considérer
cette «petite sour» comme quantité négligeable.
Le développement y est embryonnaire et ses habitants n'ont qu'un seul
allié : eux-mêmes. Sans vouloir paraître cynique, ne serait-ce
pas là, LA chance de pouvoir imaginer un autre mode de développement,
plus respectueux des hommes et de leur environnement?
Ouallah
II n'existe que depuis quelques années, depuis que le président
Ali Soualihi a préconisé à la population de Ouallah,
rebaptisée depuis Ouallah I, de quitter l'ancien village, menacé
par les eaux. Certains habitants ont refusé de quitter leur case,
ce qui explique l'existence des deux bourgades. Ouallah II surplombe de
quelques dizaines de mètres une plage à laquelle on accède
par un sentier d'environ cinq cents mètres. Sur cette plage, une
case est pratiquement achevée : il n'y manque que la chape
de béton du sol. Entièrement réalisée avec
des matières locales : raphia, bois, bambou. La fabrication,
très soignée, est inspirée d'une technique de construction
importée de Madagascar : les panneaux des cloisons sont fabriqués
en raphia : les feuilles sont enserrées entre des montants
réalisés avec les nervures. Ces panneaux sont réalisés
dans l'atelier du menuisier qui est allé suivre une formation dans
une école malgache. Le préfabriqué mohélien...
Cent pour cent bio ! La moitié de la surface de la case est
occupée par deux chambres, le reste constitue la varangue. Le tout
est abrité sous un épais toit d'herbes séchées
qui n'est pas sans rappeler le chaume breton. A quelques mètres,
l'ossature en bois de trois autres bungalows.
Tout
près de là, les vagues viennent mourir sur le sable blond d'une
plage déserte. Un énorme manguier crée une oasis de fraîcheur
grâce à l'épaisseur de son ombre. Un homme d'une cinquantaine
d'années travaille à peaufiner une pirogue : " il
me faut moins d'un mois pour faire une pirogue ! "
Mendo explique le projet " il est entièrement géré
et financé par le village, plus exactement par l'association qui a en
charge toutes les activités de développement économique.
Pour d'autres projets, comme l'adduction d'eau ou le réseau électrique,
nous avons reçu des aides, mais les bungalows, c'est notre projet !
Nous voulons pouvoir accueillir les touristes, nous louerons des palmes, des
masques, nous avons aussi le projet d'élever des ânes pour faire
des promenades dans la région. Nous avons une magnifique cascade et,
tout près d'ici, on peut voir les roussettes de Livingstone, des roussettes
d'un mètre vingt d'envergure ! " Mendo n'est pas
le seul à s'impliquer dans ces projets de développement :
"Les décisions sont prises par tout le village, nous nous réunissons
et nous décidons ensemble de ce que nous voulons faire." Pour
lui, il est impératif que les villageois s'approprient les projets :
" Je ne serais pas toujours là et il faut que les actions entreprises
continuent ".
Dans
le haut du village, au bord de la route qui était encore une piste il
n'y a pas si longtemps, s'étale un ensemble de constructions dont certaines
n'ont pas été achevées. Ils sont le fruit d'un projet de
développement planifié qui rappelle les rêves "humanistes"
des pays de l'Est : "Le Président Ali Soualihi avait lancé
un plan de développement des villages. Ce devait être le centre
nerveux de la commune : commerces, école, pharmacie, tous les services
devaient être regroupés ici. Ce plan n'a pas pu être achevé
(ndlr : suite au renversement du Président Ali Soualihi). Il reste
l'école, la bibliothèque, le centre de ressources et nous y avons
installé l'atelier de menuiserie et le groupe qui nous fournit l'électricité".
En effet, à côté d'une grille, s'étale un pompeux
"EDO, Électricité de Ouallah", visiblement inspiré
de l'ancien logo d'EDF. Derrière la porte, un énorme groupe électrogène.
"Le
groupe a été financé par nous. Nous avons juste reçu
une aide de l'Agence Française de Développement pour la réalisation
du réseau. Le projet était initialement prévu pour l'alimentation
en électricité de cent vingt quatre foyers. l'entreprise comorienne
qui a remporté l'appel d'offre a modifié le projet et il n'y a
que trente cases raccordées. Les utilisateurs payent cent francs par
jour et par lampe (cents francs comoriens = un franc trente français).
En ce moment, il ne tourne pas : les abonnés n'arrivent pas à
payer. Nous avons essayé d'obtenir du gouvernement la détaxe du
carburant, ça nous a été refusé. Nous payons deux
cents soixante quinze francs le litre au lieu de cent vingt cinq ! Un technicien
vient de Moroni tous les trois mois pour assurer l'entretien, il faut également
payer ! " A Mohéli, on a souvent cette impression
désagréable que la Grande- Comore exploite la crédulité
des habitants de l'île... On connaît tous cette fâcheuse attitude
des citadins face aux "paysans"...
Juste à côté, l'atelier menuiserie :
un combiné semble perdu au milieu de cette grande salle. Sans électricité,
pas de menuiserie. "Nous avons l'intention de louer cet atelier aux
personnes qui en auront besoin. Un habitant du village a suivi un stage de menuiserie
à Madagascar, il peut soit travailler pour son propre compte, soit donner
des indications aux utilisateurs. La machine a été financée
par le Canada."
A
un kilomètre du village, une autre plage, très animée.
La marée arrive et les pêcheurs se préparent à repartir
en mer : "nous aimerions également développer l'activité
pêche, mais sans congélateur, ce n'est pas facile. Aujourd'hui
les pêcheurs sont obligés d'aller chercher de la glace à
Fomboni avant chaque sortie. Le pêcheur qui s'en va, là, vient
de Moroni. La plus grosse partie de notre production part directement vers Moroni :
les prix sont plus élevés qu?ici." Il en va de même
pour la production agricole. Un zébu coûte deux mille francs à
Mohéli, plus de cinq mille à Moroni... l'île est un peu
le grenier de Moroni et l'on s'étonne qu?elle ne se développe
pas plus : elle y "exporte" la presque totalité de la
production : banane, manioc, tabac, vanille, ylang... et malgré
cela, les habitants "tirent le diable par la queue..."
Mendo nous donne des éléments de réponse :
"notre gros problème, c'est la gestion !" Cette
évidence semble avoir échappé à l'aide internationale,
omniprésente dans les projets de développement. l'outil est là,
le savoir-faire est là, mais personne ne semble s'inquiéter de
la pérennité des actions entreprises. Ainsi, en 1985, le Japon
a offert des barques très performantes aux pêcheurs. Elles sont
maintenant pour la plupart retournées sur la plage, sans moteur :
il n'y a pas de pièces détachées pour les réparer...
Cette situation est également liée au contexte politique des Comores :
ce projet de développement de la pêche a été mis
en place du temps du Président Ali Soualihi, c'est le président
Abdallah qui les a réceptionnées et il y a fort à parier
que ce changement de pouvoir a stoppé une dynamique. Une autre problématique
récurrente de l'aide aux pays en voie de développement :
après les investissements viennent les frais de fonctionnement, entretien
et consommables. Trop souvent c'est là que le bât blesse. Ainsi,
à Ouallah II, seule l'adduction d'eau fonctionne : elle est alimentée
par une rivière toute proche et ne nécessite que peu d'entretien.
Tant que le groupe électrogène est arrêté, pas d'atelier
de menuiserie, pas de congélateur pour la pêche et même l'activité
" bungalow " va se trouver pénaliser. On envisage
difficilement d'accueillir les touristes sans leur proposer le confort minimum :
éclairage et boissons fraîches !
Avec beaucoup de naïveté... et de sincérité,
Abdoul, habitant du village et membre de l'association, se confie : " Nous
avons reçu une somme confortable au début, mais nous nous sommes
crus plus riches que nous ne l'étions en réalité !
Par exemple, nous payons deux instituteurs pour l'école ! Mais nous
n'avons aucune rentrée financière à espérer sur
ce poste ! "
Tout est réuni pour que
Ouallah, comme l'ensemble de l'île de Mohéli se développe dans
plusieurs domaines : tourisme, agriculture, pêche... Il ne
manque qu'un petit coup de pouce, plus technique que financier. Ce ne
sont ni les richesses, ni les énergies qui manquent. Qui sera capable
d'orchestrer toutes ces énergies potentielles ? La réponse
se trouve peut-être en partie dans la nouvelle définition
de l'Ensemble Comorien qui devrait se décider dans les prochaines
semaines. On peut en effet espérer que si les décisions
sont prises à Fomboni et non à Moroni, elles seront mieux
adaptées, mieux perçues et leur impartialité ne pourra
pas être entachée de doute. Trop souvent les mohéliens
ont le sentiment d'être "colonisés" par la Grande
Comore... d'où leurs regards enjôleurs vers la France : "Tant
qu'à être colonisés, autant que ça le soit
par un pays riche!", comme a pu le dire un responsable politique
de l'île.