Dernière modification le : Jeudi 27 Décembre 2007 à 20:44:52.
Traditions : Tam-Tam boeuf
Traditions : Tam-Tam boeuf
Une tradition
pleine de couleurs, de musique, de danse, typiquement mohélienne, même
si ce divertissement s'est également exporté vers Mayotte...
Avant
tout, un jeu
Inutile de chercher
des explications métaphysiques à un jeu
qui n'est pas sans rappeler les courses landaises :
jeu de séduction, d'exhibition, jeu de pouvoir
aussi, qui mêle danse, musique et ... sport, très
accessoirement!
Le taxi brousse est parti de Ouallah II en début d'après-midi. Après avoir chargé le matériel de musique, instruments, amplis, baffles, et musiciens, il s'est ébranlé, et le mot n'est pas trop fort. Quelques inquiétants kilomètres plus tard, pas moins de vingt-trois personnes s'entassent autour du matériel dans le pick-up Peugeot. La surcharge pondérale dont le véhicule souffre provoque un certain malaise dans les virages... En se tordant le cou, on peut apercevoir entre les lattes de bois du pick-up, l'océan à quelques dizaines de mètres en contrebas. Rien n'empêche de rester optimiste : en cas de chute, nous serons arrêtés par les arbres bien avant de l'atteindre!
Au terme d'une course qui a duré pas loin de deux heures, pour une quarantaine de kilomètres, le taxi s'engouffre, en marche arrière, dans une ruelle de Djoiezi, un village en lisière de Fomboni. Le matériel est débarqué. Une barrière, installée au fond de la ruelle, la transforme en cul-de-sac. Les rues étroites et bien entretenues, les maisons basses et blanches donnent un côté hispanique au village.
Peu avant la tombée de la nuit, les préparatifs sont terminés, la ruelle s'emplit de monde, les musiciens s'installent, les danseurs se mettent en place...
Un zébu est attaché, très court, à la barrière de bambou. La longueur de la corde ne lui permet quasiment aucun mouvement du cou. Première pensée : "B.B. et ses copains n'apprécieraient pas trop". L'isolement de Mohéli préserve aussi de ça.
La musique tourne, lancinante, limite obsédante. Comme on sait la faire aux Comores... Les danseurs tournent. Ils sont tous équipés d'une grande écharpe d'un tissu léger ou d'un lamb autour du cou qu'ils agitent doucement. Ils sont alignés le long de la ruelle, comme au quadrille. Sauf qu'il n'y a pas de femmes en face! Un par un, ils se rapprochent de la bête. Leur écharpe vient caresser la tête qui reste impassible... pour l'instant. En les regardant tourner ainsi, agitant leur écharpe, accessoire typiquement féminin, on pense aux danseuses voilées des pays des mille et une nuits. Elles aussi tournent autour de leur proie, l'affolant du contact de leur voile...
Au bout de deux bonnes heures de ce régime, l'animal finit par manifester quelques gestes d'impatience, d'autant qu'il doit commencer à avoir des fourmis dans les pattes, coincé au bout de sa corde de trente centimètres. Par moment, quand l'énervement arrive à son comble, la bave dégouline de sa gueule, la langue pend.
Pendant ce temps, les hommes continuent leur ballet autour du bouf qui reste malgré tout, relativement stoïque... en regard du régime qu'on lui impose.
Le tam-tam bouf est une fête d'hommes... enfin, il apparaît ainsi au premier abord... Les femmes? Elles ne sont pas absentes : elles sont alignées le long des maisons, derrière la rangée de danseurs. Elles regardent, rient, papotent... Certaines grimpent sur des parpaings, tentant d'entrevoir le bouf (ou un danseur?) entre deux têtes. Les enfants, plus agiles prennent possession de tout endroit surélevé, y compris les toits des cases...
Tout le monde aura compris que quand la bête est "à point", elle est détachée et lâchée dans la ruelle... déclenchant une course poursuite, brève, mais intense! Qu'on se rassure, la foule n'a nul besoin de protection : un zébu n'est pas un taureau! Certes, il décampe sans demander son reste, mais fonce droit devant lui, ne cherchant à aucun moment à encorner qui que ce soit. Tout juste une vaste partie de rigolade, même si certains cherchent vainement à se faire peur en se mettant devant l'animal, jouant au toréador. Quand il a disparu, la fête n'est pas terminée pour autant. Elle se terminera sans le bouf qui doit, à l'heure qu'il est, toujours courir autour de l'île...
Ce jour-là, les hommes laissent émerger leur côté féminin, pour simuler la parade amoureuse des femmes. Comme elles, ils attisent le "feu du mâle" par le jeu de leurs écharpes... Jusqu'à ce que celui-ci, ivre d'énervement, fonce droit devant lui...