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Ceux qui connaissent et pratiquent le taxi brousse à Madagascar ou aux Comores doivent déjà trembler à l'idée de retrouver les principes de base de ce moyen de transport, souvent épique, appliqués aux transports par voie maritime... Ils n'ont pas tort! Rappelons ces principes de base, par ailleurs très simples : entasser un maximum de personnes et de marchandises dans un véhicule à l'entretien plus que douteux afin de parcourir les routes ou, dans le cas présent, les océans...

Dernière modification le : Jeudi 3 Janvier 2008 à 13:11:09.

Le taxi brousse des mers

Le taxi brousse des mers

Eric Trannois - Mai 2001

Ceux qui connaissent et pratiquent le taxi brousse à Madagascar ou aux Comores doivent déjà trembler à l'idée de retrouver les principes de base de ce moyen de transport, souvent épique, appliqués aux transports par voie maritime... Ils n'ont pas tort! Rappelons ces principes de base, par ailleurs très simples : entasser un maximum de personnes et de marchandises dans un véhicule à l'entretien plus que douteux afin de parcourir les routes ou, dans le cas présent, les océans...

Le Ville de Sima et le Haute Mer dans le port de Mutsamudu (Anjouan)

Le Ville de Sima et le Haute Mer dans le port de Mutsamudu (Anjouan)


L'anadjate un boutre qui relie Anjouan à MoheliIl existe plusieurs moyens pour se rendre à Mohéli. Deux lignes à peu près régulières par le Tratringa et le Ville de Sima qui desservent trois fois par semaine (sauf exceptions... fréquentes) les autres îles des Comores à partir de Mayotte. Depuis la suspension de l'embargo infligé à Anjouan, l'accès à Mohéli se fait par Anjouan. Ces deux bateaux ne manquent déjà pas de piquant et d'exotisme. Ainsi, dès que la mer est (un peu) formée, il leur sera impossible de se mettre à quai à Fomboni, la "capitale" de Mohéli. Aussi, ils vous débarqueront en pleine mer sur une barque Yamaha qui vous permettra de rejoindre le rivage au milieu d'énormes rochers placés là pour briser les vagues. Cela ne pose guère de problème pour un voyageur un tant soit peu sportif, mais n'oublions pas que ces lignes sont principalement utilisées par les Comoriens désireux de se rendre d'une île à l'autre. Donc par des bouénis qui ne sont pas toujours toutes jeunes mais dont le poids doit parfois friser le quintal... Heureusement, les bonnes volontés ne manquent pas pour aider à l'acostage, ce qui donne à ces arrivées une certaine convivialité.

D'autres moyens, plus aléatoires puisque dépendants des besoins permettent d'effectuer le voyage : le bateau part quand il a fait le plein. C'est le cas de l'Annadjate ou du Bénara, deux boutres plutôt destinés à transporter les marchandises, mais qui prennent également des passagers. Leur taille, une vingtaine de mètres, permet d'envisager une traversée relativement sereine, même si elle n'est pas rapide : il faut compter une huitaine d'heures pour parcourir la quarantaine de kilomètres qui séparent Anjouan de Mohéli. Pour l'un comme pour l'autre, les passagers trouvent abri à l'arrière du bateau où une vague cabine a été aménagée à leur intention et les protège du soleil ou de la pluie, suivant la saison.

Le haute mer : bateau ou barque?Reste un autre moyen de rejoindre Mohéli : l'inénarrable "Haute Mer", une grosse barque d'une dizaine de mètres. L'inquiétude naît dès le premier contact avec l'embarcation, c'est à dire lorsque vous l'avez enfin trouvée dans le port de M'tsamudu, coincée entre deux autres bateaux. Premier réflexe : "Ce n'est pas possible, on ne va pas traverser là-dessus!". Vous faites alors un nouveau tour du port à la recherche d'un vrai bateau qui porterait le même nom. Impossible! Donc, c'est bien lui. L'appréhension ne fait que grandir alors que les sacs de ciment et de riz s'entassent dans la cale et sur le pont. Bon, ça suffit! La ligne de flotaison se rapproche dangereusement du bord de la barque. Eh bien, non! Une autre brouette chargée de sacs arrive, suivie d'une autre et d'une autre encore... Et l'embarcation de s'enfoncer davantage jusqu'à ce qu'il ne reste plus que quelques centimètres avant que l'eau n'envahisse le pont.

Les passagers peuvent enfin embarquer. On en comptera jusqu'à vingt-six.


La promiscuité est de rigueur.L'arrière du "bateau" leur est normalement réservée. Un carré de trois mètres sur trois. Sur trois des côtés, un banc de bois, le tout protégé des intempéries par une bâche en plastique posée sur des arceaux métaliques Suivant la technique utilisée pour l'aménagement des pick-ups qui servent de taxi-brousse. Seulement, voilà : comme la place manquait pour les marchandises, le centre de cet "espace réservé" est envahi par des sacs de riz jusqu'à hauteur des bancs. Autrement dit, les infortunés passagers n'ont d'autre choix que de s'allonger sur les sacs... Il faudra une heure ou deux pour que chacun ait trouvé sa place, bien imbriqué au milieu des autres. Les déplacements seront bien entendus réduits au minimum.

Les choses vont se gâter lorsqu'une fillette qui dormait allongée sur sa mère va vomir son quatre heures. Brusquement et malgré la promiscuité, un vide se fait autour d'elle. Quelle idée de s'empifrer comme ça juste avant de prendre la mer! Sans faire un inventaire à la Prévert peu ragoûtant, on peut détailler son dernier repas. Le père se met alors à nettoyer sommairement les sacs de riz qui ont reçu le mélange odorant. On ne peut qu'espérer qu'ils sont bien étanches et que l'odeur ne traversera pas pour créer une nouvelle variété de riz parfumé!

Pendant la trversée : dormirToutes ces péripéties n'empêchent pas de faire une traversée paisible, doucement bercés par l'ondulation des vagues. La chaleur du soleil aidant, il ne tarde pas à régner une douce torpeur sur l'embarcation. Les passagers n'ayant d'autre occupation que de dormir ou, parfois, de suivre les petits événements qui ne manquent pas de se produire en mer. Rattraper l'Annadjate, par exemple. Bien qu'il soit parti nettement avant nous, il ne parviendra à destination que tard dans la soirée. Des gerbes d'eau jaillissent au loin : un combat fratricide entre une bonite et un banc de sardines.

Durant toute la terversée, l'équipage, composé de trois hommes, ne quittera pas la minuscule cabine de pilotage. Un mètre carré ou deux, tout au plus. Il resteront donc debouts pendant six heures, parvenant de temps en temps à poser un bout de fesse sur une aspérité de la paroi.

Traversée entre Anjouan et Mohéli Si la claustrophobie vous gagne ou l'air vous manque, vous pouvez tenter une autre expérience : celle de vous aventurer à l'avant du bateau. Dans un premier temps, vous êtes ravi : un peu d'air du grand large... et le soleil qui vient vous carresser agréablement la peau. La mer est calme. Pourtant, l'embarcation oscille doucement. Ce dodelinement est suffisant pour embarquer des paquets d'eau à chaque vague et ne tarde pas à transformer vos vêtements en serpillère. Vous vous résignez à vous abriter en vous calant à même le pont, entre deux caisses de Coca Cola, après avoir enjambé une autre bouéni dont l'estomac ne supporte pas le voyage non plus. Le répis est de courte durée : l'eau salée à tôt fait de vous rejoindre. Des écoutilles sont prévues tout au long de la coque, sensées permettre l'évacuation de l'eau embarquée. Mais, comme la ligne de flotaison a une fâcheuse tendance à se confondre avec le haut de la coque, la fonction de ces écoutilles se trouve inversée et l'eau envahit le pont à chaque fois que le bateau s'enfonce dans les vagues, à savoir toutes les vingt à trente secondes.

Traversée de l'Océan Indien entre Anjouane t MohéliQuoi qu'il en soit, arriver à Mohéli (ou Anjouan!) par le Haute-Mer reste une expérience inoubliable...

 
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