guide touristique - annuaire de sites - les hôtels aux Comores - voyage - tourisme
les îles de la lune Anjouan | Moheli | Grande Comore | Mayotte | Actualité
Les Comores ...
Rechercher :
Contenu du chapitre La politique aux Comores
Composition du gouvernement  |  Rapport annuel 2002 de Reporters sans frontières  |  Rapport annuel 2003 de Reporters sans frontières  |  Archives sur la crise de 97  |  La crise de 1997  |  Kwassa-kwassa : 2002  |  Kwassa-kwassa  |  Manif de clandestins à Mayotte  |  Situation aux Comores  |  entrevue-azali-le-figaro-02-02-2005  |  Reporters Sans Frontières rapport annuel 2004  |  allocution sambi sommet union africaine addis abeba  | 
Plat du jour
Les chaînes de Malango Comores
Comores
Savoir
Services
Communautés
Références
Pour le plaisir
Quotidien
Culture

LA LETTRE DE MALANGO
Recevez gratuitement l'actualité de l'Océan Indien par courriel

Votre nom :
Votre adresse email :


Les autres sites Malango

Accueil de Malango Comores Malango Comores Savoir politique Anjouan : archives de la crise de 1997

 

Dans l'indifférence génarale, une petite île de l'océan Indien est en train de mourir, asphyxiée par le blocus de l'O.U.A. et ravagée par le choléra.

Dernière modification le : Lundi 2 Juillet 2007 à 08:29:44.

ANJOUAN : archives sur la crise indépendantiste

 

ANJOUAN :
à partir de combien de morts la communauté internationale bougera-t-elle?

Cette question, on l'a posée en Yougoslavie, au Zaïre, au Mozambique.... Elle revient tous les ans, sinistre marronnier! Et chaque fois le même scénario : personne ne bouge, on attend, on s'interroge, on crée des commissions chargées d'étudier les situations, on organise des tables rondes, le ballet diplomatique se met en route autour de bonnes tables. Pendant ce temps-là, des gens meurent, attendant qu'on se souvienne entre deux crises boursières qu'ils existent... encore. Pour combien de temps? Que représentent 240.000 Anjouanais? Une épidémie de choléra? Et alors! Ils n'en rentreront que plus vite dans le rang!

    En France, on sait à peine où se trouve Mayotte, alors, vous pensez, Anjouan!

    Et pourtant, cette île, minuscule point sur la carte du Canal du Mozambique, à mi-chemin entre les deux pays les plus pauvres du monde, a décidé de vivre sa vie et de s'écarter de sa grande sœur Ngazinja. Elle fait sécession depuis 1997. Dans l'indifférence générale, l'O.U.A. (Organisation de l'Unité Africaine) a décrété un embargo à son encontre, soutenue par la France. Depuis le mois de mars de cette année, les approvisionnements en pétrole ont cessé. Sur une île, plus de pétrole signifie plus d'électricité. Les liaisons téléphoniques ont été interrompues, de même que la plupart des liaisons aériennes et maritimes. Un vrai blocus, quoi!

    Plus personne ne s'interroge sur l'utilité de celui qui sévit en Irak depuis presque dix ans. En revanche, tout le monde s'accorde à dire qu'il met avant tout en péril la vie des populations et ne fait qu'attiser le ressentiment de la population ainsi prise en otage. Les hommes du pouvoir, eux, ont toujours de quoi se nourrir et se soigner.

    Ce drame se passe à quelques encablures de Mayotte et, curieusement, on n'en entend quasiment pas parler. Il faut dire qu'à Mayotte les Anjouanais jouent le rôle de nos arabes en métropole. Ils sont chargés de tous les maux : un vol? un Anjouanais! Un profiteur? un Anjouanais. Il y a quelques mois, des mahoraises sont allées jusqu'à manifester devant l'hôpital de Mamoudzou pour protester contre la présence d'Anjouanais à l'hôpital : ils prenaient le lit de bons mahorais!

    Ne touche pas à mon morceau de fromage!

    Alors, qu'Anjouan soit exsangue n'émeut personne...

    De son côté, la France est "dans ses petits souliers". Elles doit se rendre compte de sa responsabilité dans cette "crise". Comment pourrait-il en être autrement après un siècle et demi de présence dans l'archipel? Et maintenant, que faire? Officiellement, on soutient la décision de l'O.U.A. Malgré l'étendard souvent brandi du "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes", on soutient. A-t-on seulement écouté ceux qui refusent le pouvoir de Moroni? Évidemment soutenir les "mutins" de Mutsamudu, ce serait entrouvrir la porte de la république et envisager d'accueillir en son sein généreux une nouvelle "collectivité territoriale". On est déjà suffisamment soucieux avec Mayotte qui ne cesse de réclamer sa "départementalisation", où les bouénis sont promptes à dresser des barrages sur l'unique route de l'île dès qu'une décision ne leur convient pas. Deux enfants turbulents de la sorte, prêts à se crêper le chignon! Non! Un peu de calme dans l'Océan Indien! Sans compter  les embrouilles diplomatiques qui ne tarderont pas à venir de l'O.U.A. Quant aux relations franco-comoriennes, elles sont déjà assez tendues depuis que Mayotte a décidé de rester dans le giron de la France alors que Moroni continue de revendiquer (mollement, certes) Mayotte.

    Sans présumer d'une limpidité sans taches du président Abdallah Ibrahim, qu'on écoute au moins ce que le peuple anjouanais souhaite pour son pays.

    Bien sûr, ce que les Anjouanais veulent, réintégrer la France, personne n'est prêt à le leur donner. Il n'en est pas question. Certes, Anjouan a eu la même "chance" que Mayotte en 1975, mais c'était il y a vingt-cinq ans, dans un climat euphorique de pré-indépendance. L'avenir n'a pas rempli ses promesses.

    Ce blocus n'a AUCUNE chance de résoudre le problème. La solution passera nécessairement par un traitement global du problème comorien (y compris Mayotte). Mais pour cela, plusieurs  impératifs incontournables :

    - assainir la situation politique empêtrée depuis 25 ans dans des coups d'état à répétition

    - apporter une aide économique et structurelle à l'ensemble de l'archipel

    - envisager un pouvoir décentralisé des quatre îles (fédération).

    Comment penser qu'un peuple (car le peuple des Comores ne fait qu'un, qu'on le veuille ou non) puisse regarder tomber une manne financière sur certains sans que cela crée des problèmes?

    Le pouvoir de Moroni, lui, ne peut que mobiliser toute son énergie à gérer ces crises récurrentes. Il n'est pas difficile de penser que le sort des deux autres îles : Anjouan et Mohéli ne doit que très peu intéresser des hommes d'état plus préoccupés à préserver leur siège et à regarder derrière les portes avant d'entrer dans une pièce : les mercenaires ne sont pas si loin...

    Malango - 1999

 

SELON UNE ORGANISATION NON GOUVERNEMENTALE FRANÇAISE

La population de l'île d'Anjouan menacée par le choléra

La totalité de la population d'Anjouan, l'île de l'archipel des Comores qui a fait sécession de Moroni, la capitale fédérale, est menacée par le choléra, a affirmé une ONG française.

Aide Médicale Internationale (AMI), a déclaré dans un communiqué publié à Paris que "la totalité des 240 000 habitants vivant à Anjouan, est actuellement menacée par l'épidémie de choléra qui, selon les chiffres annoncés par la direction de la Santé, a déjà fait 95 victimes. Le 7 avril, 2 445 cas étaient enregistrés," a ajouté l'ONG.

Selon AMI, cette épidémie est très mal combattue du fait de l'embargo imposé à l'île par l'OUA (Organisation de l'unité africaine). Elle est, selon l'ONG, "alarmante et risque de s'aggraver".

Le communiqué précise que "les organisation médicales présentes à Anjouan, confrontées à cette situation d'urgence, demandent au conseil de l'OUA de prendre des mesures concrètes et rapides pour l'organisation des transports aériens et maritimes de matériels et de personnels humanitaires entre Moroni et Anjouan". AMI a indiqué que "les ONG qui luttent contre les conséquences mortelles et la propagation de cette épidémie interviennent sur toutes les îles de l'archipel touchées par l'épidémie: Mohéli, Moroni, Anjouan". Outre Aide Médicale Internationale, deux autres ONG basées en France, Care France et Initiative et Développement, interviennent sur ces îles. La semaine dernière, Abdallah Mohamed, onseiller spécial du président Abeid d'Anjouan, avait jugé "cynique" dans une déclaration à RFO Télé Mayotte la décision de l'Organisation de l'Unité Africaine de renforcer les sanctions et l'embargo à l'encontre de l'île au moment où, a-t-il dit, elle traverse une période difficile, marquée par une épidémie galopante de choléra. Le conseiller spécial a reconnu que l'embargo et les sanctions ont des répercussions sur les approvisionnements de l'île d'Anjouan, notamment en carburant. "Nous avons un stock d'hydrocarbures pour un mois et demi au maximum, comment allons-nous faire fonctionner les éclairages dans les hôpitaux, les frigos pour la conservation des vaccins ? L'OUA a-t-elle programmé une exterminations des Anjouanais ?", avait-il dit.

LIAISONS AÉRIENNES ET MARITIMES SUSPENDUES

Une série de sanctions décrétées par l'OUA contre Anjouan est entrée en vigueur en mars dernier avec notamment la suspension totale des communications téléphoniques internationales.

Les succursales de la Banque pour l'industrie et le commerce des Comores (BIC) et de la Banque centrale des Comores (BCC) ont été fermées.

Les liaisons maritimes et aériennes sont totalement suspendues, et seuls des vols spéciaux devaient être autorisés pour permettre aux pèlerins anjouanais venant de la Mecque de pouvoir rentrer au pays. Ces nouvelles sanctions ont été décidées le 10 mars en conseil des ministres de l'OUA. Elles s'ajoutent à celles entrées en vigueur début février contre les dirigeants de la petite île de l'océan Indien qui a proclamé unilatéralement son indépendance des Comores en août 1997 : gel des comptes bancaires des dirigeants séparatistes et rejet de leurs titres de voyage dans les pays membres de l'OUA.

Jeudi 13 Avril 2000 - Le JIR


Interview de Jean-Jacques QUEYRANNE
à propos d'Anjouan

Magazine Regards. RFO Mayotte. Télévision. Réalisé lors de la visite de Jean-Jacques Queyranne à Mayotte entre le 15 et le 17 février 2000 et diffusé le jeudi 17/02/2000.

 

    Maurice Nagou (Rédacteur en chef de RFO) : Anjouan, Monsieur le Ministre, Anjouan où on nous regarde d'ailleurs ce soir. Il a été dit que la France agira de concert avec l'OUA pour isoler les séparatistes. Madagascar et l'OUA viennent de donner le ton . Alors que va faire le quai d'Orsay ?

    Jean-Jacques Queyranne, Secrétaire d'Etat aux DOM-TOM :

    La France appuie la démarche de l'OUA, c'est clair. Il y a eu à la Conférence de Tananarive, en avril 99, la recherche d'une solution interne au problème de déstabilisation des Comores et au problème du statut des îles et principalement du statut d'Anjouan dans les Comores. Donc, nous appuyons la démarche de l'OUA; des mesures viennent d'être prises, en ce qui concerne la France, elle verra notamment sur le plan des avoirs financiers des ressortissants anjouanais concernés, pour aussi les problèmes de circulation des personnes, elle prendra les mesures qui s'inscrivent dans le même mouvement. Donc pour nous il y a une volonté d'aller dans le sens qui est celui de l'OUA.

    Hakim Ali Saïd : Est-ce que ces mesures peuvent aller jusqu'à l'interruption des liaisons maritimes et aériennes , en tout cas pas aériennes [ndlr. Elles n'ont pas réussi à revoir le jour conséquemment aux man?uvres des séparatistes de septembre 1999], mais disons maritimes entre Mayotte et Anjouan ?

    C'est difficile, c'est difficile parce que vous savez qu'il y a des liaisons officielles et qu'il y a aussi beaucoup de barques qui arrivent, heu, ce n'est pas aujourd'hui à l'ordre du jour, mais je crois qu'il est de l'intérêt de tout le monde que les Comores sortent de cette période d'instabilité.

 

19ème tentative de coup d'état a Moroni !

MweziNet - sources JIR - AFP - 21 mars 2000

    Dans la nuit de lundi à mardi 21 mars, une faction de militaires conduits par deux des fils du défunt président Abdallah a tenté de prendre le pouvoir, profitant d'un voyage du colonel Azzali à la Mecque et en Arabie Saoudite. Après quelques échanges de coups de feu, la prise de la radio et de la poste centrale, les militaires des Forces armées comoriennes restés fidèles au pouvoir en place ont arrêté les insurgés qui ont rendu les armes sans effusion de sang. Le colonel Azzali paraît assez sûr de son emprise sur le pouvoir au sein des restes de la République fédérale islamique des Comores.

    En effet, en dépit d'une tentative de putsch perpétrée par deux des fils de feu Ahmed Abdallah, la dix-neuvième depuis l'accession de ce pays à l'indépendance en 1975, l'actuel chef de l'Etat comorien n'a pas précipité son retour à Moroni. Il serait actuellement reçu par les autorités d'Arabie Saoudite, après avoir accompli un pèlerinage à La Mecque. Le colonel Azzali est attendu à Moroni en fin de semaine. En son absence, une faction de militaires hostiles à son régime et dont on pensait, hier au départ à Moroni, qu'ils étaient favorables au colonel Mahamoud Mradabi, ex-directeur des hydrocarbures, limogé l'an dernier par le colonel Azzali, a tenté d'abattre le régime putschiste instauré par l'actuel maître de Moroni, le 30 avril 1999.

    Le colonel Azzali avait depuis belle lurette placé sous surveillance les remuants fils du président Abdallah. De fait la tentative de putsch avortée a, entre autres, conduit à l'arrestation de Mahmoud Ahmed et à celle d'Abderrahmane Abdallah, lieutenant des FAC qui n'avait jusqu'alors pas manifesté de grande ambition politique, contrairement à son frère Soilih Raffick, qui avait été blessé, il y a quelques années, d'une balle dans la cuisse, lors d'un "coup" manqué, par l'un des anciens lieutenants de Bob Dénard, Dominique Malacrino, alias "commandant Marquès".

    Ce dernier se trouverait actuellement sur la zone. Les autres membres de la fratrie Abdallah sont actuellement hors des Comores: Cheik est à Paris; Nassouf, ambassadeur des Comores, en République sud-africaine. En fin d'après-midi, la piste Mahamoud Mradabi semblait devoir être abandonnée, son fils, capitaine de gendarmerie, participant lui-même aux opérations visant à l'arrestation des insurgés. Il apparaîtrait même que son nom aurait été invoqué par les officiers putschistes pour motiver leurs troupes à agir contre un "coup de main" attribué au même Mradabi, et donc pour défendre le pouvoir d'Azzali !

    L' ancien ministre des Finances, Saïd Saïd Hamadi recherché

    La tentative de putsch avortée a, finalement conduit entre autres, deux des fils de l'ancien président Ahmed Abdallah, et les a accusés d'avoir mené la tentative de putsch avortée mardi au profit d'un ancien ministre des Finances, Saïd Saïd Hamadi.

    C'était une tentative de soulèvement de quelques officiers subalternes entraînés par le capitaine Abderemane Ahmed Abdallah (...) contre le régime en place" et "en faveur de Saïd Saïd Hamadi", a annoncé le cabinet de la présidence comorienne dans un communiqué daté de mardi.

    Le capitaine Abderemane Ahmed Abdallah, son frère Mahamoud Abdallah, le "lieutenant Amdjad" (sans plus de précision) ainsi qu'un Français originaire de l'île française de la Réunion, Daniel Clerino, ont été arrêtés, ce dernier pour "complicité avec les auteurs présumés du soulèvement".

    Le communiqué ajoute que trois autres personnes en fuite sont "activement recherchées", sans préciser le sort de M. Saïd Hamadi, dit "Laguerra".

    Cette tentative de putsch a été perpétrée tôt mardi matin alors que le colonel Azali effectuait le pèlerinage de la Mecque, en compagnie d'officiers supérieurs qui lui sont fidèles.

    Des tirs d'armes automatiques ont été entendus par des habitants vers 04H00 mardi matin (01H00 GMT) aux abords d'Itsandra, un village situé à 2 km au nord de la capitale, à proximité du principal camp militaire du pays, Kandani.

    Selon plusieurs témoignages recueillis par le correspondant de l'AFP, ces échanges de coups de feu ont duré près de trois quarts d'heure.

    On ignorait mercredi si ces combats avaient fait des victimes.

    Le calme règne à Moroni depuis cette tentative de putsch dont les Comoriens n'ont eu connaissance que par la radio.

    Cette opération était connue de longue date et des tentatives de dissuasion par le dialogue ont été faites à maintes reprises", précise le communiqué du cabinet du colonel Azali.

    Selon un membre de l'état-major, des arrestations pourraient avoir lieu au sein de l'opposition politique dans les heures ou les jours à venir.

    L'opposition démocratique inquiétée ?

    Abbas Djoussouf, ancien Premier ministre sous la présidence de Tadjidine ben Saïd Massounde, renversé en avril par le colonel Azali, a été convoqué mercredi à la gendarmerie. Mais cet homme qui est aujourd'hui l'un des dirigeants de l'opposition au régime militaire, a déclaré à l'AFP qu'il ne s'y rendrait pas;

    "A moins qu'ils viennent eux-même me chercher", a-t-il précisé. Saïd Saïd Hamadi était ministre des Finances du président Mohamed Taki Abdoulkarim. Après la mort de ce dernier en octobre 1998, il avait engagé une procédure constitutionnelle pour tenter d'assurer l'intérim, en vain.

    Daniel Clerino, lui, avait déjà été entendu par la police dimanche 19 mars et son passeport lui avait été confisqué, précise le cabinet. Il a été arrêté mardi après-midi dans un hôtel. Les trois personnes "activement recherchées" sont "le lieutenant Dahilou, surnommé Delami", "le sergent-chef Rosali" et un "Européen" dont l'identité n'a pas été révélée, se contente d'indiquer le cabinet de la présidence.

    Le pouvoir du colonel Azali n'a été reconnu par aucune organisation internationale.

 

Anjouan, l'île sécessionniste

Patrick Ekoué
Sources :
* (1) Comore vient de l'arabe Kamar qui signifie "lune"
* Les citations sont tirées du Figaro des 5, 6, 7, 8, et 11 août 1997
* Le Monde du 24-25 août 1997
* AFP

    Les Comores. Cet archipel étalé sur 1870 km2 dans l'Océan Indien, connaît depuis juillet 1997 une fronde séparatiste. Moroni tente en effet depuis plus d'un an, de contrer la poussée indépendantiste d'Anjouan, un des îlots qui la composent. Mais tout semble corroborer à terme la thèse du morcellement de cette ancienne colonie française.

    La géographie tout d'abord n'a fait aucun cadeau au pays de la vanille. Les Comores ont le désavantage d'être un micro Etat insulaire et de surcroît fragmenté en îlots. Cet état physique a priori, n'aide pas au renforcement du sentiment nationaliste. Le critère reste cependant de loin l'un des socles sur lequel les grands peuples ont scellé leur destin. Sa capacité même à être un Etat, donc à exercer tous les attributs relevant de ce statut, reste dans un tel contexte très limitée. Pour la petite comparaison, Monaco, un micro Etat lui aussi, est loin d'être aussi grevé par la nature. Pour autant, le Rocher délègue certains de ses attributs d'Etat à la France. Autant dire que le pouvoir aux Comores quel qu'il soit, à tout à faire s'il tient jouir d'une certaine effectivité. Or "aujourd'hui Moroni est devenue la capitale d'un régime (...) incapable de faire vivre l'Etat au delà d'un périmètre de trente kilomètres autour du palais présidentiel". Un contexte qui justifie les soubresauts politiques qu'a connus l'ILe depuis son indépendance en 1975.

    Abdallah, père de l'émancipation comorienne, dut s'offrir les services de Bob Denard pour revenir aux commandes de l'archipel en 1978. Ironie du sort, il sera 11 ans plus tard, lui-même victime d'un coup d'Etat. Les aventures politiques n'ont pas manqué au cours du mandat de son successeur, le président Mohamed Djohar (1990-1996). Elles ont mis en scène une grande partie de la classe politique du pays. Son "entourage immédiat et le cercle familial restreint ont donné l'impression que le pouvoir n'était rien d'autre qu'un gros gâteau à partager". Elu démocratiquement en 1996, le maintenant défunt président, Mohamed Taki, a plutôt hérité d'un cadeau... empoisonné. Sur cette démocratie balbutiante vient en effet se greffer un climat socio-économique pour le moins déconfit.

    Détournements de deniers publics, corruption et pauvreté sont devenus le lot quotidien des Comoriens. Un ancien Premier ministre raconte ainsi que neuf interventions sur dix portent sur une demande de poste aux douanes. Dans ce pays on préfère être douanier que professeur de collège. C'est la certitude d'empocher de solides dessous-de-table, ajoute-t-il. Le risque dans ces conditions que certains soient plus favorisés que d'autres est plus que réel. Abdallah, l'artisan de l'indépendance des Comores, était un enfant d'Anjouan. Dans cet archipel, aux moeurs tribales très prononcés, c'est tout naturellement aux siens qu'il avait pensé durant ses deux présidences. Mais il disparaît en novembre 1989. Et avec lui, les privilèges qu'il avait coutume de distribuer aux notables de sa terre natale. Entre temps, le déclin des produits de rente aura exacerbé les susceptibilités déjà à fleur de peau des Anjouanais.

    Sur le marché mondial, les cours de toutes les matières premières d'Anjouan se sont écroulés. L'ylang-yalang, cette fleur si prisée des grands parfumeurs s'est révélée trop abondante. Même constat pour la vanille et les clous de girofle. Le kilogramme de girofle se vendait à 50 francs, il y a dix ans. Il vaut maintenant deux francs. L'Indonésie le principal importateur, s'est par ailleurs investie elle-même dans la culture dudit produit. La conséquence est plus qu'évidente : Anjouan passe pour l'île la plus "clochardisée" de l'archipel. Le chômage y a atteint 90 %.

    Les mouvements contestataires vont donc progressivement se muer en revendications... révolutionnaires. Les propos des habitants d'Anjouan sont plus que révélateurs de ce changement d'ambiance. "Nous sommes tous pour l'indépendance d'Anjouan", s'exclame Mourgan. La raison en est toute trouvée surenchérit Chamsidine. En Grande Comore, "on nous traite comme des animaux". De là à se rebeller contre Moroni, il n'y a que quelques... "nautiques" à franchir.

    La politique reprend alors très vite le dessus. Abdou Madhi, est l'ancien Premier ministre du gouvernement Djohar. L'inspirateur de la cause indépendantiste rappelle les errements du pouvoir en place à Moroni. "(...) Le président Taki a rompu avec la logique de l'État et (...) de la Démocratie en abrogeant la constitution de 1992". La guéguerre a commencé dès cet instant. Les sécessionnistes cristallisent leurs espoirs sur la personne d'un septuagénaire ; Abdallah Ibrahim, professeur d'école coranique. Le 3 août 1997, devant plus de 7000 personnes, Abdallah Ibrahim proclame l'indépendance de l'Ile d'Anjouan. Il est demandé par la même occasion son rattachement à la France. Les tentatives de rapprochement entamées jusque-là par l'Organisation de l'Unité Africaine sont restées sans grand effet. Car même si le principe du dialogue est acquis, les séparatistes sont plus que jamais déterminés à aller jusqu'au bout de leur logique.

    Dans un tel cas de figure, il serait difficile de parier sur un apaisement des passions ; et partant, de la tension ambiante dans l'archipel. L'issue de cette énigme confirmerait-elle l'idée que la géographie donne des Comores ? En définitive, une nation éparpillée !

 
Contacter Malango Sites partenaires Plan du site