ANJOUAN : à partir
de combien de morts la communauté internationale
bougera-t-elle?
Cette
question, on l'a posée en Yougoslavie, au Zaïre, au
Mozambique.... Elle revient tous les ans, sinistre marronnier! Et
chaque fois le même scénario : personne ne bouge, on
attend, on s'interroge, on crée des commissions chargées
d'étudier les situations, on organise des tables rondes,
le ballet diplomatique se met en route autour de bonnes tables.
Pendant ce temps-là, des gens meurent, attendant qu'on se
souvienne entre deux crises boursières qu'ils existent...
encore. Pour combien de temps? Que représentent 240.000 Anjouanais?
Une épidémie de choléra? Et alors! Ils n'en
rentreront que plus vite dans le rang!
En France,
on sait à peine où se trouve Mayotte, alors, vous
pensez, Anjouan!
Et pourtant,
cette île, minuscule point sur la carte du Canal du Mozambique,
à mi-chemin entre les deux pays les plus pauvres du monde,
a décidé de vivre sa vie et de s'écarter
de sa grande sœur Ngazinja. Elle fait sécession depuis
1997. Dans l'indifférence générale, l'O.U.A.
(Organisation de l'Unité Africaine) a décrété
un embargo à son encontre, soutenue par la France. Depuis
le mois de mars de cette année, les approvisionnements
en pétrole ont cessé. Sur une île, plus
de pétrole signifie plus d'électricité.
Les liaisons téléphoniques ont été
interrompues, de même que la plupart des liaisons aériennes
et maritimes. Un vrai blocus, quoi!
Plus
personne ne s'interroge sur l'utilité de celui qui sévit
en Irak depuis presque dix ans. En revanche, tout le monde s'accorde
à dire qu'il met avant tout en péril la vie des
populations et ne fait qu'attiser le ressentiment de la population
ainsi prise en otage. Les hommes du pouvoir, eux, ont toujours
de quoi se nourrir et se soigner.
Ce drame
se passe à quelques encablures de Mayotte et, curieusement,
on n'en entend quasiment pas parler. Il faut dire qu'à
Mayotte les Anjouanais jouent le rôle de nos arabes en
métropole. Ils sont chargés de tous les maux :
un vol? un Anjouanais! Un profiteur? un Anjouanais. Il y a quelques
mois, des mahoraises sont allées jusqu'à manifester
devant l'hôpital de Mamoudzou pour protester contre la
présence d'Anjouanais à l'hôpital : ils
prenaient le lit de bons mahorais!
Ne touche
pas à mon morceau de fromage!
Alors,
qu'Anjouan soit exsangue n'émeut personne...
De son
côté, la France est "dans ses petits souliers".
Elles doit se rendre compte de sa responsabilité dans
cette "crise". Comment pourrait-il en être autrement
après un siècle et demi de présence dans
l'archipel? Et maintenant, que faire? Officiellement, on soutient
la décision de l'O.U.A. Malgré l'étendard
souvent brandi du "droit des peuples à disposer
d'eux-mêmes", on soutient. A-t-on seulement écouté
ceux qui refusent le pouvoir de Moroni? Évidemment soutenir
les "mutins" de Mutsamudu, ce serait entrouvrir la
porte de la république et envisager d'accueillir en son
sein généreux une nouvelle "collectivité
territoriale". On est déjà suffisamment soucieux
avec Mayotte qui ne cesse de réclamer sa "départementalisation",
où les bouénis sont promptes à dresser
des barrages sur l'unique route de l'île dès qu'une
décision ne leur convient pas. Deux enfants turbulents
de la sorte, prêts à se crêper le chignon!
Non! Un peu de calme dans l'Océan Indien! Sans compter
les embrouilles diplomatiques qui ne tarderont pas à
venir de l'O.U.A. Quant aux relations franco-comoriennes, elles
sont déjà assez tendues depuis que Mayotte a décidé
de rester dans le giron de la France alors que Moroni continue
de revendiquer (mollement, certes) Mayotte.
Sans
présumer d'une limpidité sans taches du président
Abdallah Ibrahim, qu'on écoute au moins ce que le peuple
anjouanais souhaite pour son pays.
Bien
sûr, ce que les Anjouanais veulent, réintégrer
la France, personne n'est prêt à le leur donner.
Il n'en est pas question. Certes, Anjouan a eu la même
"chance" que Mayotte en 1975, mais c'était
il y a vingt-cinq ans, dans un climat euphorique de pré-indépendance.
L'avenir n'a pas rempli ses promesses.
Ce blocus
n'a AUCUNE chance de résoudre le problème. La
solution passera nécessairement par un traitement global
du problème comorien (y compris Mayotte). Mais pour cela,
plusieurs impératifs incontournables :
- assainir
la situation politique empêtrée depuis 25 ans dans
des coups d'état à répétition
- apporter
une aide économique et structurelle à l'ensemble
de l'archipel
- envisager
un pouvoir décentralisé des quatre îles
(fédération).
Comment
penser qu'un peuple (car le peuple des Comores ne fait qu'un,
qu'on le veuille ou non) puisse regarder tomber une manne financière
sur certains sans que cela crée des problèmes?
Le pouvoir
de Moroni, lui, ne peut que mobiliser toute son énergie
à gérer ces crises récurrentes. Il n'est
pas difficile de penser que le sort des deux autres îles
: Anjouan et Mohéli ne doit que très peu intéresser
des hommes d'état plus préoccupés à
préserver leur siège et à regarder derrière
les portes avant d'entrer dans une pièce : les mercenaires
ne sont pas si loin...
La population de l'île d'Anjouan menacée
par le choléra
La totalité de la population
d'Anjouan, l'île de l'archipel des Comores qui a fait sécession
de Moroni, la capitale fédérale, est menacée
par le choléra, a affirmé une ONG française.
Aide Médicale Internationale
(AMI), a déclaré dans un communiqué publié
à Paris que "la totalité des 240 000 habitants
vivant à Anjouan, est actuellement menacée par l'épidémie
de choléra qui, selon les chiffres annoncés par la
direction de la Santé, a déjà fait 95 victimes.
Le 7 avril, 2 445 cas étaient enregistrés," a
ajouté l'ONG.
Selon AMI, cette épidémie
est très mal combattue du fait de l'embargo imposé
à l'île par l'OUA (Organisation de l'unité africaine).
Elle est, selon l'ONG, "alarmante et risque de s'aggraver".
Le communiqué précise
que "les organisation médicales présentes à
Anjouan, confrontées à cette situation d'urgence,
demandent au conseil de l'OUA de prendre des mesures concrètes
et rapides pour l'organisation des transports aériens et
maritimes de matériels et de personnels humanitaires entre
Moroni et Anjouan". AMI a indiqué que "les ONG
qui luttent contre les conséquences mortelles et la propagation
de cette épidémie interviennent sur toutes les îles
de l'archipel touchées par l'épidémie: Mohéli,
Moroni, Anjouan". Outre Aide Médicale Internationale,
deux autres ONG basées en France, Care France et Initiative
et Développement, interviennent sur ces îles. La semaine
dernière, Abdallah Mohamed, onseiller spécial du président
Abeid d'Anjouan, avait jugé "cynique" dans une
déclaration à RFO Télé Mayotte la décision
de l'Organisation de l'Unité Africaine de renforcer les sanctions
et l'embargo à l'encontre de l'île au moment où,
a-t-il dit, elle traverse une période difficile, marquée
par une épidémie galopante de choléra. Le conseiller
spécial a reconnu que l'embargo et les sanctions ont des
répercussions sur les approvisionnements de l'île d'Anjouan,
notamment en carburant. "Nous avons un stock d'hydrocarbures
pour un mois et demi au maximum, comment allons-nous faire fonctionner
les éclairages dans les hôpitaux, les frigos pour la
conservation des vaccins ? L'OUA a-t-elle programmé une exterminations
des Anjouanais ?", avait-il dit.
LIAISONS AÉRIENNES
ET MARITIMES SUSPENDUES
Une série de sanctions
décrétées par l'OUA contre Anjouan est entrée
en vigueur en mars dernier avec notamment la suspension totale des
communications téléphoniques internationales.
Les succursales de la Banque pour
l'industrie et le commerce des Comores (BIC) et de la Banque centrale
des Comores (BCC) ont été fermées.
Les liaisons maritimes et aériennes
sont totalement suspendues, et seuls des vols spéciaux devaient
être autorisés pour permettre aux pèlerins anjouanais
venant de la Mecque de pouvoir rentrer au pays. Ces nouvelles sanctions
ont été décidées le 10 mars en conseil
des ministres de l'OUA. Elles s'ajoutent à celles entrées
en vigueur début février contre les dirigeants de
la petite île de l'océan Indien qui a proclamé
unilatéralement son indépendance des Comores en août
1997 : gel des comptes bancaires des dirigeants séparatistes
et rejet de leurs titres de voyage dans les pays membres de l'OUA.
Magazine Regards. RFO Mayotte. Télévision.
Réalisé lors de la visite de Jean-Jacques Queyranne
à Mayotte entre le 15 et le 17 février 2000 et diffusé
le jeudi 17/02/2000.
Maurice Nagou
(Rédacteur en chef de RFO) : Anjouan, Monsieur
le Ministre, Anjouan où on nous regarde d'ailleurs
ce soir. Il a été dit que la France
agira de concert avec l'OUA pour isoler les séparatistes.
Madagascar et l'OUA viennent de donner le ton .
Alors que va faire le quai d'Orsay ?
Jean-Jacques
Queyranne, Secrétaire d'Etat aux DOM-TOM :
La France appuie
la démarche de l'OUA, c'est clair. Il y a
eu à la Conférence de Tananarive,
en avril 99, la recherche d'une solution interne
au problème de déstabilisation des
Comores et au problème du statut des îles
et principalement du statut d'Anjouan dans les Comores.
Donc, nous appuyons la démarche de l'OUA;
des mesures viennent d'être prises, en ce
qui concerne la France, elle verra notamment sur
le plan des avoirs financiers des ressortissants
anjouanais concernés, pour aussi les problèmes
de circulation des personnes, elle prendra les mesures
qui s'inscrivent dans le même mouvement. Donc
pour nous il y a une volonté d'aller dans
le sens qui est celui de l'OUA.
Hakim Ali Saïd : Est-ce que
ces mesures peuvent aller jusqu'à l'interruption
des liaisons maritimes et aériennes , en
tout cas pas aériennes [ndlr. Elles n'ont
pas réussi à revoir le jour conséquemment
aux man?uvres des séparatistes de septembre
1999], mais disons maritimes entre Mayotte et Anjouan
?
C'est difficile,
c'est difficile parce que vous savez qu'il y a des
liaisons officielles et qu'il y a aussi beaucoup
de barques qui arrivent, heu, ce n'est pas aujourd'hui
à l'ordre du jour, mais je crois qu'il est
de l'intérêt de tout le monde que les
Comores sortent de cette période d'instabilité.
Dans la nuit de
lundi à mardi 21 mars, une faction de
militaires conduits par deux des fils du défunt
président Abdallah a tenté de prendre
le pouvoir, profitant d'un voyage du colonel Azzali
à la Mecque et en Arabie Saoudite. Après
quelques échanges de coups de feu, la prise
de la radio et de la poste centrale, les militaires
des Forces armées comoriennes restés
fidèles au pouvoir en place ont arrêté
les insurgés qui ont rendu les armes sans
effusion de sang. Le colonel Azzali paraît
assez sûr de son emprise sur le pouvoir au
sein des restes de la République fédérale
islamique des Comores.
En
effet, en dépit d'une tentative de putsch
perpétrée par deux des fils de feu
Ahmed Abdallah, la dix-neuvième depuis l'accession
de ce pays à l'indépendance en 1975,
l'actuel chef de l'Etat comorien n'a pas précipité
son retour à Moroni. Il serait actuellement
reçu par les autorités d'Arabie Saoudite,
après avoir accompli un pèlerinage
à La Mecque. Le colonel Azzali est attendu
à Moroni en fin de semaine. En son absence,
une faction de militaires hostiles à son
régime et dont on pensait, hier au départ
à Moroni, qu'ils étaient favorables
au colonel Mahamoud Mradabi, ex-directeur des hydrocarbures,
limogé l'an dernier par le colonel Azzali,
a tenté d'abattre le régime putschiste
instauré par l'actuel maître de Moroni,
le 30 avril 1999.
Le
colonel Azzali avait depuis belle lurette placé
sous surveillance les remuants fils du président
Abdallah. De fait la tentative de putsch avortée
a, entre autres, conduit à l'arrestation
de Mahmoud Ahmed et à celle d'Abderrahmane
Abdallah, lieutenant des FAC qui n'avait jusqu'alors
pas manifesté de grande ambition politique,
contrairement à son frère Soilih Raffick,
qui avait été blessé, il y
a quelques années, d'une balle dans la cuisse,
lors d'un "coup" manqué, par l'un
des anciens lieutenants de Bob Dénard, Dominique
Malacrino, alias "commandant Marquès".
Ce
dernier se trouverait actuellement sur la zone.
Les autres membres de la fratrie Abdallah sont actuellement
hors des Comores: Cheik est à Paris; Nassouf,
ambassadeur des Comores, en République sud-africaine.
En fin d'après-midi, la piste Mahamoud Mradabi
semblait devoir être abandonnée, son
fils, capitaine de gendarmerie, participant lui-même
aux opérations visant à l'arrestation
des insurgés. Il apparaîtrait même
que son nom aurait été invoqué
par les officiers putschistes pour motiver leurs
troupes à agir contre un "coup de main"
attribué au même Mradabi, et donc pour
défendre le pouvoir d'Azzali !
L'
ancien ministre des Finances, Saïd Saïd
Hamadi recherché
La
tentative de putsch avortée a, finalement
conduit entre autres, deux des fils de l'ancien
président Ahmed Abdallah, et les a accusés
d'avoir mené la tentative de putsch avortée
mardi au profit d'un ancien ministre des Finances,
Saïd Saïd Hamadi.
C'était
une tentative de soulèvement de quelques
officiers subalternes entraînés par
le capitaine Abderemane Ahmed Abdallah (...) contre
le régime en place" et "en faveur
de Saïd Saïd Hamadi", a annoncé
le cabinet de la présidence comorienne dans
un communiqué daté de mardi.
Le
capitaine Abderemane Ahmed Abdallah, son frère
Mahamoud Abdallah, le "lieutenant Amdjad"
(sans plus de précision) ainsi qu'un Français
originaire de l'île française de la
Réunion, Daniel Clerino, ont été
arrêtés, ce dernier pour "complicité
avec les auteurs présumés du soulèvement".
Le
communiqué ajoute que trois autres personnes
en fuite sont "activement recherchées",
sans préciser le sort de M. Saïd Hamadi,
dit "Laguerra".
Cette
tentative de putsch a été perpétrée
tôt mardi matin alors que le colonel Azali
effectuait le pèlerinage de la Mecque, en
compagnie d'officiers supérieurs qui lui
sont fidèles.
Des
tirs d'armes automatiques ont été
entendus par des habitants vers 04H00 mardi matin
(01H00 GMT) aux abords d'Itsandra, un village situé
à 2 km au nord de la capitale, à proximité
du principal camp militaire du pays, Kandani.
Selon
plusieurs témoignages recueillis par le correspondant
de l'AFP, ces échanges de coups de feu ont
duré près de trois quarts d'heure.
On
ignorait mercredi si ces combats avaient fait des
victimes.
Le
calme règne à Moroni depuis cette
tentative de putsch dont les Comoriens n'ont eu
connaissance que par la radio.
Cette
opération était connue de longue date
et des tentatives de dissuasion par le dialogue
ont été faites à maintes reprises",
précise le communiqué du cabinet du
colonel Azali.
Selon
un membre de l'état-major, des arrestations
pourraient avoir lieu au sein de l'opposition politique
dans les heures ou les jours à venir.
L'opposition
démocratique inquiétée ?
Abbas
Djoussouf, ancien Premier ministre sous la présidence
de Tadjidine ben Saïd Massounde, renversé
en avril par le colonel Azali, a été
convoqué mercredi à la gendarmerie.
Mais cet homme qui est aujourd'hui l'un des dirigeants
de l'opposition au régime militaire, a déclaré
à l'AFP qu'il ne s'y rendrait pas;
"A
moins qu'ils viennent eux-même me chercher",
a-t-il précisé. Saïd Saïd
Hamadi était ministre des Finances du président
Mohamed Taki Abdoulkarim. Après la mort de
ce dernier en octobre 1998, il avait engagé
une procédure constitutionnelle pour tenter
d'assurer l'intérim, en vain.
Daniel
Clerino, lui, avait déjà été
entendu par la police dimanche 19 mars et son passeport
lui avait été confisqué, précise
le cabinet. Il a été arrêté
mardi après-midi dans un hôtel. Les
trois personnes "activement recherchées"
sont "le lieutenant Dahilou, surnommé
Delami", "le sergent-chef Rosali"
et un "Européen" dont l'identité
n'a pas été révélée,
se contente d'indiquer le cabinet de la présidence.
Le
pouvoir du colonel Azali n'a été reconnu
par aucune organisation internationale.
Patrick
Ekoué Sources :
* (1) Comore vient de l'arabe Kamar qui signifie "lune"
* Les citations sont tirées du Figaro des 5, 6, 7, 8, et
11 août 1997 * Le Monde du 24-25 août 1997 *
AFP
Les Comores. Cet
archipel étalé sur 1870 km2 dans l'Océan
Indien, connaît depuis juillet 1997 une fronde
séparatiste. Moroni tente en effet depuis
plus d'un an, de contrer la poussée indépendantiste
d'Anjouan, un des îlots qui la composent.
Mais tout semble corroborer à terme la thèse
du morcellement de cette ancienne colonie française.
La géographie
tout d'abord n'a fait aucun cadeau au pays de la
vanille. Les Comores ont le désavantage d'être
un micro Etat insulaire et de surcroît fragmenté
en îlots. Cet état physique a priori,
n'aide pas au renforcement du sentiment nationaliste.
Le critère reste cependant de loin l'un des
socles sur lequel les grands peuples ont scellé
leur destin. Sa capacité même à
être un Etat, donc à exercer tous les
attributs relevant de ce statut, reste dans un tel
contexte très limitée. Pour la petite
comparaison, Monaco, un micro Etat lui aussi, est
loin d'être aussi grevé par la nature.
Pour autant, le Rocher délègue certains
de ses attributs d'Etat à la France. Autant
dire que le pouvoir aux Comores quel qu'il soit,
à tout à faire s'il tient jouir d'une
certaine effectivité. Or "aujourd'hui
Moroni est devenue la capitale d'un régime
(...) incapable de faire vivre l'Etat au delà
d'un périmètre de trente kilomètres
autour du palais présidentiel". Un contexte
qui justifie les soubresauts politiques qu'a connus
l'ILe depuis son indépendance en 1975.
Abdallah, père
de l'émancipation comorienne, dut s'offrir
les services de Bob Denard pour revenir aux commandes
de l'archipel en 1978. Ironie du sort, il sera 11
ans plus tard, lui-même victime d'un coup
d'Etat. Les aventures politiques n'ont pas manqué
au cours du mandat de son successeur, le président
Mohamed Djohar (1990-1996). Elles ont mis en scène
une grande partie de la classe politique du pays.
Son "entourage immédiat et le cercle
familial restreint ont donné l'impression
que le pouvoir n'était rien d'autre qu'un
gros gâteau à partager". Elu démocratiquement
en 1996, le maintenant défunt président,
Mohamed Taki, a plutôt hérité
d'un cadeau... empoisonné. Sur cette démocratie
balbutiante vient en effet se greffer un climat
socio-économique pour le moins déconfit.
Détournements
de deniers publics, corruption et pauvreté
sont devenus le lot quotidien des Comoriens. Un
ancien Premier ministre raconte ainsi que neuf interventions
sur dix portent sur une demande de poste aux douanes.
Dans ce pays on préfère être
douanier que professeur de collège. C'est
la certitude d'empocher de solides dessous-de-table,
ajoute-t-il. Le risque dans ces conditions que certains
soient plus favorisés que d'autres est plus
que réel. Abdallah, l'artisan de l'indépendance
des Comores, était un enfant d'Anjouan. Dans
cet archipel, aux moeurs tribales très prononcés,
c'est tout naturellement aux siens qu'il avait pensé
durant ses deux présidences. Mais il disparaît
en novembre 1989. Et avec lui, les privilèges
qu'il avait coutume de distribuer aux notables de
sa terre natale. Entre temps, le déclin des
produits de rente aura exacerbé les susceptibilités
déjà à fleur de peau des Anjouanais.
Sur le marché
mondial, les cours de toutes les matières
premières d'Anjouan se sont écroulés.
L'ylang-yalang, cette fleur si prisée des
grands parfumeurs s'est révélée
trop abondante. Même constat pour la vanille
et les clous de girofle. Le kilogramme de girofle
se vendait à 50 francs, il y a dix ans. Il
vaut maintenant deux francs. L'Indonésie
le principal importateur, s'est par ailleurs investie
elle-même dans la culture dudit produit. La
conséquence est plus qu'évidente :
Anjouan passe pour l'île la plus "clochardisée"
de l'archipel. Le chômage y a atteint 90 %.
Les mouvements
contestataires vont donc progressivement se muer
en revendications... révolutionnaires. Les
propos des habitants d'Anjouan sont plus que révélateurs
de ce changement d'ambiance. "Nous sommes tous
pour l'indépendance d'Anjouan", s'exclame
Mourgan. La raison en est toute trouvée surenchérit
Chamsidine. En Grande Comore, "on nous traite
comme des animaux". De là à se
rebeller contre Moroni, il n'y a que quelques...
"nautiques" à franchir.
La politique reprend
alors très vite le dessus. Abdou Madhi, est
l'ancien Premier ministre du gouvernement Djohar.
L'inspirateur de la cause indépendantiste
rappelle les errements du pouvoir en place à
Moroni. "(...) Le président Taki a rompu
avec la logique de l'État et (...) de la
Démocratie en abrogeant la constitution de
1992". La guéguerre a commencé
dès cet instant. Les sécessionnistes
cristallisent leurs espoirs sur la personne d'un
septuagénaire ; Abdallah Ibrahim, professeur
d'école coranique. Le 3 août 1997,
devant plus de 7000 personnes, Abdallah Ibrahim
proclame l'indépendance de l'Ile d'Anjouan.
Il est demandé par la même occasion
son rattachement à la France. Les tentatives
de rapprochement entamées jusque-là
par l'Organisation de l'Unité Africaine sont
restées sans grand effet. Car même
si le principe du dialogue est acquis, les séparatistes
sont plus que jamais déterminés à
aller jusqu'au bout de leur logique.
Dans un tel cas
de figure, il serait difficile de parier sur un
apaisement des passions ; et partant, de la tension
ambiante dans l'archipel. L'issue de cette énigme
confirmerait-elle l'idée que la géographie
donne des Comores ? En définitive, une nation
éparpillée !