Pour demander la levée de l'embargo de l'OUA sur leur île, des milliers d'Anjouanais ont envoyé un signal de détresse à la communauté internationale en organisant samedi après-midi dans les rues de Mamoudzou une marche pacifique sans incident, à laquelle ont pris part des militants des Droits de l'Homme et Edmond Lauret, Sénateur RPR de la Réunion venu spécialement par solidarité.
Dernière modification le : Jeudi 17 Novembre 2005 à 09:52:32.
Manifestation contre l'embargo à Anjouan
JOURNAL
« KWEZI » de Mayotte du 8 août 2000
DES MILLIERS DE PERSONNES
DANS LA RUE POUR DIRE "NON" A L'EMBARGO CONTRE ANJOUAN
Pour demander
la levée de l'embargo de l'OUA sur leur île, des
milliers d'Anjouanais ont envoyé un signal de détresse
à la communauté internationale en organisant samedi
après-midi dans les rues de Mamoudzou une marche pacifique
sans incident, à laquelle ont pris part des militants
des Droits de l'Homme et Edmond Lauret, Sénateur RPR
de la Réunion venu spécialement par solidarité.
Que du monde ! Environ 4 000 participants selon Télé-Mayotte,
au moins 10 000 selon les organisateurs. Le moins qu'on puisse
dire, c'est que toutes les prévisions ont été
largement dépassées et que cette marche pacifique
a battu tous les records de participation à des manifestations
jusqu'ici organisées sur l'île au lagon. Les
gens étaient venus de tous les coins, en camion pour
la plupart, pour converger vers le stade de Kavani, point de
départ et d'arrivée du cortège après
un tour à la rocade à Mamoudzou.
Dans la
marrée humaine, on brandissait des banderoles et on scandait
des slogans hostiles à l'organisation panafricaine qui
a mis en vigueur depuis un peu plus de quatre mois un embargo
total contre Anjouan, à la suite de l'obstination des
autorités séparatistes à ne pas signer
l'Accord d'Antananarivo. Le président du Comité
de Soutien et de Liaison d'Anjouan, Kamaroudine Abdallah, a
déclaré que l'objectif de la manifestation était
"d'alerter l'opinion internationale sur le génocide
organisé par l'OUA" au grand dam de la population
civile innocente et de tenter de briser le mutisme qui entoure
"ce scandale".
La manifestation
s'est achevée sans incidents, n'en déplaise au
Groupe de Réflexion des Comores (GRDC), qui souhaitait
organiser une contre-manifestation. Ce groupuscule composé
d'Anjouanais militant pour le retour de Mayotte et d'Anjouan
dans le giron comorien a en marge de la marche pacifique distribué
des communiqués dans lesquels il a qualifié les
autorités séparatistes de manipulatrices de la
population, les a désignées pour responsables
de l'embargo et a appelé à une solution militaire
pour mettre fin au séparatisme. Vers la mise en place
d'une solidarité internationale pour la levée
de l'embargo Pour le président du Comité de
Soutien et de Liaison d'Anjouan, la manifestation n'a aucun
but politique: "il s'agit de défendre les droits
humanitaires". A souligner qu'une personnalité
politique française, le Sénateur RPR Edmond Lauret,
a apporté "sa solidarité" au combat
humanitaire du Comité de Soutien et de Liaison d'Anjouan.
Arrivé samedi, le Sénateur Lauret a fait savoir
qu'il était venu pour participer à la marche pacifique
et se rendre compte de l'ampleur du "scandale" afin
d'en sensibiliser les parlementaires français et européens.
La levée de l'embargo, c'est aussi l'objectif de la Fondation
Anjouanaise des Droits de L'homme (FADH). Son président
Ahmed Mohamed Allaoui, qui justifie sa présence à
Mayotte par la "nécessité de mener, en collaboration
avec toute personne éprise de paix, des actions visant
à appeler toutes les organisations internationales et
tous les pays impliqués dans le dossier sur la crise
comorienne au respect des droits humanitaires internationaux
dont sont signataires l'OUA et l'Etat comorien", a participé
à la manifestation du samedi. Le responsable de la
FADH estime que l'embargo de l'OUA sur Anjouan "est en
flagrante violation des droits humanitaires non dérogeables"
que sont les droits à la sécurité, à
la vie et à la santé "dont aucune cause ne
peut justifier l'atteinte". Or, à Anjouan, fait-il
remarquer, la vie de la population "est en danger"
dans la mesure où les structures sanitaires notamment
ne fonctionnent plus, du fait de la mise en quarantaine de l'île.
Selon lui, les enfants, les malades, les personnes âgées
et les femmes enceintes ou allaitantes constituent la catégorie
la plus touchée par "cette forme de violence".
Il souhaite, conformément au décret onusien proclamant
l'an 2 000 année de la paix, que le dialogue et la concertation
puissent être favorisés car "une solution
arrachée par voie d'embargo ou de toute autre forme de
violence, dit-il, ne peut pas être durable".
Au bureau du Comité de Soutien et de Liaison d'Anjouan,
l'on souhaiterait que la mobilisation massive du samedi ne puisse
pas alimenter le débat sur l'immigration, estimant que
le développement économique d'Anjouan reste la
seule alternative pour lutter efficacement contre l'immigration
clandestine. A rappeler que l'île d'Anjouan a proclamé
le 3 août 1997 son retrait de la République Fédérale
Islamique des Comores. Depuis, malgré de nombreuses négociations
de réconciliation tentées par l'OUA, les séparatistes
ont opposé une ferme intransigeance à toute proposition
fédéraliste comme solution à la crise institutionnelle
comorienne. Dans le milieu des observateurs des réalités
comoriennes, on tente d'expliquer l'échec de l'OUA dans
sa médiation sur la crise comorienne, par le fait qu'elle
ne prend pas assez en compte les dimensions historiques et sociologiques
de ces îles hétérogènes dont l'unité
politique ne remonte qu'à une date très récente,
sachant que la solution ne sera durable que si elle émane
de la forte volonté des populations de vivre ensemble.