Rapport annuel 2002 de Reporters sans frontières
Comores
- Rapport annuel 2002
Une fois encore, en 2001, les journalistes indépendants
de l'archipel ont subi la répression du colonel Azali Assoumani, au pouvoir
depuis 1999. Sur l'île d'Anjouan, la situation est également très
préoccupante.
Le contexte politique et
économique des Comores est peu favorable au développement d'une
presse libre et indépendante. Les autorités surveillent toujours
de très près le travail des journalistes et sautent sur la moindre
occasion pour interpeller et condamner les plus critiques d'entre eux. Par ailleurs,
la faiblesse du pouvoir d'achat et la rareté des annonceurs potentiels
asphyxient économiquement les médias.
Dans une tentative
de régulation de la presse, le procureur de la République annonce,
dans une note adressée aux directeurs de journaux le 22 septembre 2001,
la mise en place d'un système de "déclaration préalable"
et de dépôt légal pour les publications, avant la mise en
vente des exemplaires.
Anjouan, qui a déclaré
unilatéralement son indépendance en 1997, a connu trois coups
d'Etat ou tentatives dans l'année. Les rares médias de l'île
essaient de survivre malgré un contrôle très strict des
autorités locales et des sources de financement quasiment réduites
à néant. Le 27 août, la radio publique d'Anjouan est fermée
pendant plusieurs heures lors d'une tentative de coup d'Etat fomentée
par une vingtaine de soldats de la garde présidentielle, opposés
à la sécession de l'île.
Deux
journalistes incarcérés
Au 1er janvier 2002,
au moins un journaliste est incarcéré aux Comores.
Le 10 novembre 2001,
Izdine Abdou Salam, directeur de la station privée Radio Karthala, est
interpellé par la gendarmerie de Moroni. Deux jours plus tard, il est
placé sous mandat de dépôt au parquet. Izdine Abdou Salam
serait accusé de "diffamation". Son arrestation intervient
après la diffusion, sur les ondes de Radio Karthala, d'un débat
contradictoire sur le projet de Constitution soumis à un référendum
le 23 décembre 2001. Plusieurs intervenants avaient sévèrement
critiqué le texte à l'antenne. Les cassettes de l'émission
ont été saisies par la gendarmerie. Izdine Abdou Salam était
déjà sous le coup d'une condamnation pour "diffamation"
envers le Premier ministre, et le tribunal lui avait interdit de présenter
des programmes politiques.
Le 14 juin 2001,
Cheikh Ali Cassim, directeur de la radio privée Tropic FM, est condamné
à quatre ans de prison, dont quatorze mois ferme pour "détention
illégale d'armes". Il est libéré le 11 octobre. Le
journaliste, qui est également un ancien député, était
emprisonné à Moroni depuis le 15 août 2000. Tropic FM a
continué d'émettre pendant la détention de son directeur.
Deux
journalistes interpellés
Le 2 août 2001
au matin, Allaoui Saïd Omar, directeur de publication de La Gazette des
Comores, et Omar Badaoui, reporter de la même publication, se présentent
à la gendarmerie de Moroni, suite à une convocation. Les deux
hommes sont immédiatement placés en garde à vue et passent
la nuit dans une cellule. On leur reproche la publication d'un article intitulé
"Trafic de faux billets : des membres du cabinet du Colonel seraient impliqués".
L'article précise que "le secrétaire général
de la présidence, M. Mahamoud dit Lamartine, devrait être convoqué
incessamment à la police". Celui-ci envoie aussitôt un droit
de réponse à la rédaction dans lequel il affirme avoir
déposé une plainte contre le journal pour "diffamation".
Le lendemain, les deux journalistes sont remis en liberté provisoire
en attendant le jugement. Le 4 octobre, une première audience a lieu
au tribunal de Moroni. Le président refuse à l'avocat de la Gazette
des Comores l'autorisation de plaider. Le directeur de l'hebdomadaire décide
de ne pas assister à l'audience. Les journalistes écopent d'une
peine de six mois de prison avec sursis et doivent s'acquitter d'une amende
de 50 000 francs comoriens (environ 100 euros). Allaoui Saïd Omar est également
l'un des membres fondateurs de l'Association comorienne des droits de l'homme
(ACDH).
Pressions
et entraves
Le 15 mars 2001,
lors de la première audience d'un procès opposant Allaoui Saïd
Omar, directeur de publication de La Gazette des Comores, au président
du parti Shawiri (proche du parti au pouvoir), Mahamoud Mradabi, l'avocat réunionnais
du journaliste, Me Saïd Larifou, est expulsé de la salle et placé
en garde à vue à la gendarmerie de la capitale. "Le président
a refusé ma constitution dans une affaire de délit de presse (…)
Suite à mon insistance, il a ordonné mon évacuation",
raconte, quelques jours plus tard, Me Larifou dans une lettre au bâtonnier
de Saint-Pierre de la Réunion. L'avocat est libéré en fin
de journée sans aucune explication. Allaoui Saïd Omar est poursuivi
en justice devant le tribunal de première instance de Moroni par Mahamoud
Mradabi, qui exige 10 millions de francs comoriens (environ 20 000 euros) de
dommages et intérêts. Le journaliste avait publié, le 8
mars, un communiqué de l'Union de l'opposition comorienne à Paris.
Ce texte demandait que M. Mradabi soit "déféré devant
les juridictions compétentes" pour son implication dans des détournements
de fonds et des malversations supposés. Le communiqué ajoutait
également : "Allié aux mercenaires, Mradabi est aussi séparatiste
: lors de la manifestation du 9 mars 1999 (…), il a montré son
véritable dessein qui se résume en ces mots : violence, haine,
racisme et défense d'intérêts personnels." Le 19 avril,
la plainte est retirée, suite à un accord négocié
par les avocats des deux parties.Le 5 septembre, le ministre délégué
chargé de la Communication annonce le licenciement d'Ahmed Ali Amir,
journaliste de l'hebdomadairegouvernemental Al-Watwan. Ce dernier est accusé
de sympathies pour l'opposition. Le journaliste avait écrit, quelques
jours auparavant, un article sur "l'état du processus de réconciliation"
aux Comores qui avait particulièrement déplu aux autorités
militaires.
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