M. le président. La parole est à M.
Claude Hoarau.
M. Claude Hoarau.
Monsieur le ministre des affaires étrangères, chaque
jour, chaque semaine qui passe, des drames insoutenables se jouent dans
l'archipel des Comores, à moins de 1 500 kilomètres de
la Réunion.
Voulant fuir une situation devenue insupportable, des centaines d'habitants
de l'île d'Anjouan tentent à bord d'embarcations frêles
et peu fiables de gagner clandestinement l'île de Mayotte dans
l'espoir d'un avenir meilleur.
Certaines embarcations y parviennent et les personnes qui s'y trouvent
sont alors recueillies à Mayotte, où elles posent aux
autorités françaises de l'île des problèmes
difficiles à résoudre. Mais le plus grave, c'est que nombreuses
sont les embarcations qui coulent, entraînant dans la mort chaque
semaine leurs occupants.
La loi des passeurs est draconienne. Je citerai à titre d'exemple
cette embarcation qui a été repérée par
une vedette de gendarmerie grâce aux cris de l'une des occupantes.
Savez-vous pourquoi elle criait si fort ? Parce que le passeur avait
jeté ses enfants à l'eau, au motif qu'ils faisaient, selon
lui, trop de bruit et risquaient de compromettre le passage ! Monsieur
le ministre, je sais bien que la situation est particulièrement
délicate dans l'archipel des Comores, mais notre Gouvernement
ne peut pas se désintéresser des drames vécus quotidiennement
par ces populations.
La France a, dans la situation
actuelle de l'archipel, une responsabilité que personne ne peut
nier. L'heure n'est-elle pas venue pour le Gouvernement français
de prendre une initiative à caractère humanitaire en direction
des nouvelles autorités de l'archipel, celles d'Anjouan comme
celles de Mayotte, dans le but de mettre fin à las
ituation dramatique que connaît la population d'Anjouan ? (Applaudissements
sur les bancs du groupe Radical, Citoyen et Vert.)
M. le président.
La parole est à M. le ministre délégué
à la coopération et à la francophonie, pour une
réponse courte.
M. Charles Josselin, ministre délégué
à la coopération et à la francophonie.
J'essaierai de répondre à votre souhait, monsieur le président,
mais la question évoque une situation douloureuse et un peu compliquée.
Monsieur le député, le Gouvernement suit l'évolution
de la situation dans l'archipel des Comores avec une attention particulière
depuis l'explosion du mouvement sécessionniste d'Anjouan, l'été
dernier. J'ai eu l'occasion, lors du sommet franco-africain, de m'en
entretenir avec le président par intérim désigné
à la suite de la mort brutale du président Taki.
Le nouveau président a déjà pris des mesures très
positives. S'appuyant sur l'article 20 de la loi fondamentale, il a
désigné comme Premier ministre le chef de l'opposition,
et l'Assemblée nationale, où l'opposition n'est pas représentée,
a entériné cette désignation.
Autre geste positif : la levée de l'embargo qui frappait la circulation
des personnes et des biens à destination d'Anjouan.
Comme toujours, c'est la misère qui explique très largement
la situation actuelle, et Anjouan s'est sentie éloignée,
et même un peu oubliée de Moroni, et s'est donc rapprochée
de Mayotte. Certains ont même repris le vieux rêve du rattachement
à la France.
Votre question me donne l'occasion de préciser plusieurs points.
Premièrement, la France n'est évidemment en aucune manière
impliquée dans le mouvement sécessionniste.
Deuxièmement, nous entendons réaffirmer l'intégrité
territoriale de la République islamique des Comores.
Troisièmement, nous appuyons les efforts de médiation
entrepris. Nous pouvons d'ailleurs nous féliciter que la médiation
conduite par l'OUA du 19 au 22 novembre ait convaincu l'ensemble des
protagonistes de tenir une conférence inter-îles. Celle-ci
aura lieu dans quelques jours. Nous pouvons en attendre beaucoup.
La France est prête à aider le président comorien
à explorer les voies constitutionnelles qui permettraient de
donner à toutes les composantes de l'archipel la reconnaissance
et la dignité qu'elles revendiquent.
Enfin, nous sommes, bien sûr, prêts à apporter notre
appui au plan de reconstruction et de développement de l'archipel.
Il est le moyen par lequel il sera possible d'assurer de façon
durable la stabilité que, tous, nous souhaitons, et en particulier
la Réunion, dans cette région du monde.
(Applaudissements sur
les bancs du groupe socialiste et du groupe Radical, Citoyen et Vert.) |