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Est-ce que le développement du tousime est possible aux Comores, comme le souhaiteraient les dirigeants? Pourquoi les Comores sont-elles aussi complètement absentes de l’univers touristique régional ? Chacune des quatre îles des Comores dispose d’atouts indéniables pour le développement de ce marché qui n’existe encore qu’à l’état embryonnaire. Il faudra pour cela effacer de nombreux points noirs et surmonter des difficultés énormes

Dernière modification le : Lundi 2 Juillet 2007 à 08:31:22.

Tourisme aux Comores

 

Pourquoi les Comores sont-elles aussi complètement absentes de l'univers touristique régional ? Chacune des quatre îles des Iles de la Lune dispose d’atouts indéniables pour le développement de ce marché qui n’existe encore qu’à l’état embryonnaire. Malgré tout, pour exister, il faudra effacer de nombreux points noirs et surmonter des difficultés énormes.

Un potentiel certain.

Les Comores ont cette particularité de regrouper quatre îles possédant à la fois une identité culturelle commune et des caractéristiques physiques distinctes. Grande Comore offre des paysages uniques nés du Carthala ; Mohëli, une faune, des sites et une culture préservés ; Anjouan, des paysages somptueux et une richesse historique inexploitée, Mayotte, enfin, un lagon et une faune subaquatique uniques. Tout cela  cré un ensemble varié et riche, sous le soleil des tropiques. Mais tous les dons de la nature ne valent pas grand-chose s’ils ne sont pas mis en valeur et cultivés. Cela demande : du temps, beaucoup de temps... et de l’argent, beaucoup d’argent... Mais par-dessus tout, ce que ce développement réclame, c’est une réelle volonté de la part des dirigeants, des idées, et... du réalisme.

Les Comores font mine de parents pauvres dans le panorama du tourisme régional. Seul concurrent à cette dernière place : le Mozambique où l’on sent malgré tout, dernièrement, une volonté d’ouverture et de développement dans ce domaine. Pour le reste, la région n’offre que des destinations de rêve aux touristes occidentaux. Les Seychelles tiennent la place d’honneur depuis plusieurs décennies, talonnées par Maurice qui a su opérer un développement spectaculaire en seulement deux décennies, et pas seulement dans le domaine du tourisme. La Tanzanie et le Kenya ont su profiter de leur faune mythique et la mettre en valeur en créant des infrastructures à même de satisfaire les besoins en confort et en sécurité de leurs visiteurs. Depuis quelques années, Madagascar fait partie des destinations les plus prisées et la Réunion bénéficie de sa qualité d’île française pour faire le plein tout au long de l’année.

L'arrivée d'un paquebot de luxe à Anjouan

Le "Royal Star", paquebot de croisière, faisant escale à Mutsamudu (Anjouan). Ces escales amènent une manne financière non négligeable : ce type de touristes dispose de moyens financiers confortables et ne regarde guère à la dépense. Reste à savoir les accueillir selon leurs propres normes, notamment en matière de restauration, d'hébergement et ... d'environnement.

Que manque-t-il donc aux Comores pour qu’elles puissent prétendre à entrer dans la cour des grands de l’industrie touristique régionale ?

L’environnement est probablement le handicap le plus lourd auquel doit faire face l’archipel, le domaine dans lequel il est nécessaire de travailler le plus rapidement : quand on veut accueillir des hôtes étrangers chez soi, on commence par faire le ménage. Et Dieu sait qu’il y a à faire sous le soleil des Iles de la Lune ! Les touristes sont friants d’exotisme, mais ils n’aiment guère le désordre. La plage de Mustsamudu à Anjouan, les rues de Moroni en Grande Comore, et même l’opulente Mayotte offrent un spectacle à faire fuir n’importe quel touriste. Ce qui peut s'expliquer aux Comores par le manque de moyens évident, devient incompréhensible à Mayotte. Seule, Mohëli est encore un peu épargnée, même si la plage de Fomboni n’est pas un modèle de netteté. Le retard dans le développement de cette île devient ici un atout : les déchets ménagers n’ont pas encore asphyxié la nature

 


La plage de Mutsamudu à Anjouan

La plage de Mutsamudu, à Anjouan, noyée sous les détritus ménagers. C'est le triste spectacle qu'on peut aussi voir à Moroni et, dans une bien moindre mesure, à Fomboni sur Mohéli.

Avant de vendre des joyaux, on les dégage de leur gangue de terre et de déchets. C’est ce travail qu’il faut effectuer de toute urgence. Evidemment, les moyens manquent ! D’autres projets arrivent pourtant à trouver des financements, à commencer par l’entretien d’une armée qui ne sert guère qu’à fomenter ou déjouer les coups d’état. Dans chacune des trois îles, des pancartes aux slogans énergiques rappellent l’importance de la protection de l’environnement, mais la plus élémentaire des structures, le ramassage des ordures ménagères, attend toujours de naître. A Mutsamudu, une tentative a été faite. Une entreprise a été choisie pour remplir ce rôle : elle attend toujours d’être payée.

Il ne faut pourtant pas faire preuve d’une imagination débordante pour envisager ce que pourrait être Mutsamudu et sa plage de plus d’un kilomètre de sable : un véritable coin de paradis, pour peu qu'on donne un coup de neuf aux façades qui longent l'océan.

Des voeux pieux à Anjouan

Mutsamudu (et Anjouan) est d’ailleurs tout à fait à même de devenir le fer de lance de ce nouvel axe de développement, réunissant tous les atouts : sa longue plage de sable, une médina où les visiteurs pourraient se promener et faire leurs achats, le point de départ vers de nombreuses randonnées... De plus, la capitale de l'Ile a une tradition d’ouverture vers le monde, l’activité de son port est là pour en témoigner. Enfin, le voisinage de Mayotte, l’Eldorado local, lui permet d’espérer attirer les français de métropole dont le nombre est en constante augmentation et de profiter des infrastrutures présentes ou à venir (aéroport capable d’accueillir des gros porteurs et donc des vols directs de France).

Une infrasctructure balbutiante

Côté infrastrutures d'accueil répondant aux attentes d'un "touriste moyen", on peut dire que tout est à faire. Grande Comore disposait d'un hôtel de "standing", le Galawa Beach. Des difficultés financières l'ont acculé à la fermeture. Mutsamudu avec l'hôtel Al Amal, propose un service tout juste correct (n'oublions pas que les touristes sont très exigeants en ce qui concerne l'hébergement et le contenu de leur assiette). De plus, cet établissement est en travaux : pour combien de temps? Sur Mohéli, l'ensemble de bungalows, "Mohéli Bungalows", à Nioumachoua, est très acceptable et reste la structure d'accueil la plus "stable". Ajoutons que les investisseurs ne se bousculent pas : gérer les rapports avec des pouvoirs qui se succèdent au rythme des saisons relève de l'exploit diplomatique, pour des retombées économiques plus qu'aléatoires.


"Mohéli Bungalows" à Mohéli.

On peut faire le même constat dans le domaine de la restauration : sur l'ensemble des trois îles on ne peut guère compter plus d'une dizaine de restaurants. Deux obstacles au développement de ce secteur : les difficultés d'approvisionnement et le faible nombre de touristes. On entre alors dans un cercle vicieux. Autre raison, apparemment plus futile : le blocage concernant l'alcool, lié à la religion. N'oublions pas que tourisme veut dire vacances, vacance est synonyme d'amusement et dans la culture occidentale la fête va souvent de paire avec la consommation d'alcool.

Il est un autre paramètre à prendre en considération : les prix! Le cours du franc Comorien est lié à celui de l'euro. Cette aide indirecte indéniable apportée à l'origine par la France et dont a hérité l'Europe a un côté pervers : le cours du franc Comorien est surévalué par rapport aux véritables performances économiques du pays et représente donc, paradoxalement, une monnaie "forte" par rapport aux monaies environnantes : le shilling tanzanien, le franc malgache ou le métical du Mozambique. Les prix pratiqués sont donc finalement plus élevés que dans ces pays. De plus, au moins en matière d'hébergement, les prix comoriens ont tendance à s'aligner sur ceux pratiqués par le voisin le plus proche : Mayotte. C'est là que le bât blesse : les prestations proposées sont loin, très loin de correspondre aux prix pratiqués, et finissent par faire des Comores une destination relativement "onéreuse" par rapport aux autres pays de la région. Ainsi, s'il est possible de se loger pour moins de 10 dollars (environ 10 euros) à Zanzibar (qui fait figure de Côte d'Azur dans la région), 5 euros en Tanzanie (en dehors des zone fortement touristiques) ou à Madagascar, il est quasiment impossible de trouver une chambre d'hôtel à moins de 15 euros sur les Iles de la Lune, pour des prestations au mieux équivalentes. Si l'on peut comprendre que l'on tente de gagner sa vie avec le tourisme, il ne faudrait pas prendre le voyageur pour une "vache à lait" et un pigeon et savoir raison garder. Autre exemple : la course en taxi qui emmène le nouvel arrivant de l'aéroport à Moroni est facturée 15 euros, alors qu'une course courante d'une distance équivalente sur un autre trajet, ne coûte guère plus d'un euro et demi. Cela rappelle fâcheusement la forme d'apartheid pratiqué à Dar-es-Salam où le trajet Dar-es-Salam vers Zanzibar sera facturé 7,5$ pour les "résidents" et 25$ pour les étrangers. Il n'y a pas d'autre moyen utilisé que la couleur de la peau pour "faire le tri" entre les voyageurs. Etrange pratique qui ne doit pas se généraliser!

Globalement, on peut considérer que le coût d'un séjour est à peu près deux fois plus élevé aux Comores que dans les autres pays de la région. Inquiétant. Plutôt que d'emboîter le pas du voisin mahorais, les Comoriens feraient bien d'étudier les autres offres touristiques régionales et tenir compte du fait que Mayotte constitue une particularité qui "pipe" le jeu. Le premier réservoir à "touristes" est constitué par le nombre croissant de métropolitains qui vivent à Mayotte. La proximité fait des autres îles une destination évidente... tant qu'elle reste concurrentielle : les nouvelles lignes qui s'ouvrent (notamment vers le Mozambique) risquent fort de les éloigner de leur voisins les plus proches.

L'accueil

Si l'accueil par la population est particulièrement chaleureux, il n'en va pas forcément de même avec les autorités, notamment à Moroni où l'on peut se trouver face à un sentiment anti-français clairement exprimé. Or, les premiers ambassadeurs d'un pays, ce sont les autorités qui accueillent les visiteurs au port ou à l'aéroport. Si le touriste se trouve mis en accusation par l'officier du port en désaccord avec la politique de la France aux Comores, il n'a guère envie de s'attarder ni de revenir. D'autant qu'il n'y peut et n'y connaît pas grand-chose (et qu'il n'est vraiment pas venu là pour ça...).
En revanche, la population (et les commerçants) sont particulièrement attentifs au bien-être de leurs visiteurs. Très fiers de leur culture, il sont très heureux de faire pénétrer les secrets de leur pays, leurs traditions, s'ils sentent que le visiteur s'y intéresse.

A Ouallah II (Mohéli), on a compris ce que pouvait attendre le voyageur : un habitat simple, traditionnel, dans un environnement aussi naturel que possible.

Tourisme vert et "ethnique" : un créneau viable?

C'est probablement dans ces domaines que les Comores doivent travailler. Le tourisme "haut de gamme" n'est en effet guère envisageable avant de nombreuses années, d'autant que la concurrence est bien installée dans ce domaine : les Seychelles et Maurice ont un longueur d'avance, des moyens autres et une stabilité politique rassurante.
Les Comores proposent quelque chose que ces autres destinations ont perdu en grande partie : l'authenticité culturelle et une nature largement préservée et restée "en l'état" (en brousse). En résumé, on peut dire que les Comores sont une destination pour les "voyageurs" et non pour les "touristes". La nuance est d'importance : un touriste aura des exigences alors que le voyageur saura s'acclimater, se contenter de ce qu'on lui propose. Revers de la médaille : le voyageur est moins riche, beaucoup moins riche que le touriste...

Le voyageur ne pourra qu'être sensible à ces îles qui ont su (malgré elles?) conserver leurs traditions, leurs modes de vies tellement éloignés des autres pays : européens, asiatiques et même africains (les grandes villes africaines ne sont pas si éloignées que cela des cités occidentales). Venir aux Comores est un voyage dans le temps autant que dans l'espace. Ce qui est perçu comme un handicap : petitesse du pays, retard technologique et économique, peut devenir un atout dans ce domaine du tourisme vert. Cela suffira-t-il à faire vivre la population? Oui, à condition d'accepter de ne pas entrer dans la société de consommation telle qu'on la connaît partout ailleurs. Tenter une sorte d'exception économique et culturelle, une autre voie de développement "modéré" (qui reste à inventer), ne paraît pas simple tant la soif de clinquant technologique est grande. Ce qui est tout à fait compréhensible.

Un choix et des objectifs à définir... et à tenir

Si les Comores veulent vraiment orienter leur développement vers le tourisme, l'heure est venue de définir une stratégie volontaire et réaliste. Les initiatives privées ou collectives ne manquent pas, l'imagination est là (cf : le projet de Ouallah II à Mohéli) même en l'absence de moyens. Les projets mis en place, malgré leur modestie (ou grâce à cette modestie de moyens?) prouvent leur viabilité. Les dirigeants sauront-ils développer ce ferment et favoriser ces intitiatives?

Il n'en reste pas moins que tous ces efforts, toutes ces initiatives, toute cette énergie seront vains si le climat politique ne parvient pas à se stabiliser, si les dirigeants des différentes îles ne cessent pas de se renvoyer la balle en faisant porter sur "l'autre" la responsabilité de ce marasme économique. Rien n'éloigne plus le touriste, le voyageur ou l'investisseur que la crainte de troubles. C'est trop souvent que les Comores se trouvent sur la liste des pays à éviter publiée par le Ministère français des Affaires Etrangères.... Cette instabilité, ces coups d'état à répétition sont le principal obstacle au développement économique du pays.

E. Trannois - 2003

 
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